musciUn vrai déluge de qualificatifs accompagnait, hier soir sur scène, la révélation du service Apple Music. Apple voulait marquer son arrivée sur le marché du streaming, un marché pour l’heure dominé par Spotify et Deezer. En coulisses, les négociations avec les majors du disque étaient vives, celles-ci espérant bien des retours financiers plus conséquents d’Apple que ceux proposés par Spotify, Deezer et consorts.
Apple Music est un service riche, qui sera lancé le 30 juin prochain dans 100 pays, dont la France. L’offre en streaming concerne l’essentiel du catalogue – énorme – d’iTunes (mais pas les Beatles), sans restriction d’écoute. La valeur ajoutée est censée provenir de listes de lectures soigneusement sélectionnées, plus intelligentes que les « simples » listes algorithmiques des concurrents. À vérifier à l’usage tout de même !
Ping 2 Connect, une sorte de réseau social où les fans peuvent suivre leurs artistes favoris, et éventuellement dialoguer avec eux, tandis que les créateurs peuvent y déverser ce qu’il jugent pertinent, son, texte, images, vidéos, doit, lui, faire office de liant. Et pour parachever le tout, Apple de lancer Beats 1, sa radio mondiale, dont le visage est Zane Lowe, un animateur de radio et un présentateur de télévision. La programmation sera faite en direct de New York, Los Angeles et Londres.

Avis d’expert, Emmanuel Torregano

Quelles sont les chances d’Apple de percer sur le marché du streaming ? Comment considérer son offre, par rapport à celle de la concurrence ? Pour répondre à ces interrogations, nous sommes allé questionner un expert du domaine, le journaliste Emmanuel Torregano, ancien du Figaro, fondateur du site Electron Libre et du magazine Haut-Parleur et auteur de Vive la crise du disque aux Editions Les carnets de l’info.
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Bonjour Emmanuel. Que retiens-tu des annonces de la keynote WWDC 15 concernant Apple Music ?


« Apple lance une plateforme. Une plateforme à destination des parents qui ont des enfants et ne veulent plus se poser la question « comment je fais ? ». À 14,99€ par mois (NDR : prix de l’abonnement famille, l’abonnement individuel est à 9,99 €), Apple leur parle directement en proposant 6 comptes par abonnement.
Je retiens aussi le relatif « bordel » du service, qui intègre radios, streaming et iTunes Store. Il faudra certainement quelques itérations pour que Apple fasse un peu le ménage et réajuste les points importants ».


On prête à Apple la volonté de faire basculer ses clients vers Apple Music, alors même qu’Apple est le leader de la vente de musique à télécharger. Apple Music signe-t-il la fin de la musique en téléchargement payant ?


« Oui et non. Le téléchargement est très au dessus encore du streaming en terme de chiffres. Mais le streaming possède certaines vertus si on le considère comme une plateforme associant plusieurs services autour de la musique et aux artistes. Ping 2 (Connect) doit tenir ce rôle. Le téléchargement reste disponible pour ceux qui veulent « posséder » de la musique. C’est un autre rapport à la musique. Et il n’y a pas de raison qu’il disparaisse ».

Rappelons que Apple n’a que faire de son store musique. Ce n’est pas un pôle de bénéfices, mais simplement un rayon pour attirer les clients. Un peu comme dans les supermarchés. Apple voit aujourd’hui la progression sur l’App Store dépasser largement celle d’iTunes. Il n’y a pas de problème donc, mais un périmètre des activités qui se redéfinit logiquement ».

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Apple met fortement en avant la « curation » des listes de lectures proposées sur son service, par opposition aux listes algorithmiques (comme… Genius !). L’argument te paraît-il pertinent ?


« Non. C’est intéressant pour les gens qui n’aiment pas la musique et veulent un prétexte pour en écouter. Comme ceux qui écoutent NRJ pour se tenir au courant de ce que leurs adolescents écoutent. Ce n’est pas un comportement encore identifié. Pour être clair, on ne sait pas vraiment si les gens veulent consommer ainsi de la musique. Disons qu’ils le faisaient déjà avec la radio… Pour être optimiste ».
On a le sentiment que l’absence d’offre gratuite, publicitaire, correspond à la fois à la volonté d’Apple, et à celle des majors. De quels arguments disposent celles-ci pour faire plier des service comme Spotify et Deezer, qui ont une offre gratuite et publicitaire ?

« L’affaire est sous l’œil de la commission européenne. Les majors le veulent en effet. Je renvoie à une interview de Pascal Negre qu’on a fait sur Haut Parleur à ce sujet. Pour être clair, lors du renouvellement d’un contrat entre une major et Spotify ou Deezer, c’est le bon moment pour revoir les clauses du contrat. Mais rappelons que à part Spotify, les autres services utilisent surtout le « try and buy » – une période gratuite d’essai au terme duquel le client doit s’abonner – qui va être à la base de Apple Music ».
Si les offres gratuites se maintiennent, Apple Music a-t-il des chances d’être couronné de succès malgré tout ? Sur iOS et OS X, où les utilisateurs ont une certaine habitude de payer pour les services, mais qu’en est-il sur les autres plateformes, Android en tête ?
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« Android est une inconnue à ce sujet. Google n’arrive pas à faire payer les utilisateurs (Google music est un nain). Pour ce qui est iOS les chiffres sont assez limpides : 900 millions de comptes iTunes, une conversion de 5% seulement et c’est 45 millions de comptes abonnés ! Deux fois plus que Spotify. Apple ne prend pas un gros risque ».


Connect a-t-il une chance de réussir, là où Ping a échoué, et pourquoi ?


« Ça dépendra de l’activité et de l’implication des artistes et donc des maisons de disques. C’est aussi simple que ça. Si ces derniers postent des contenus, les renouvellent, s’en servent de vraies plateformes relationnelles avec les fans. Ça devrait marcher ».


Et la Radio, événement mondial comme la présente Apple, ou épiphénomène ?


« Difficile à dire. C’est une radio mondiale que lance Apple. Ça mérite d’être observé avant d’en tirer des conclusions »…

Arnaud joue du clavier comme d'autres du xylophone, mais le résultat demeure peu musical. Il conduit la rédac à la baguette et essaye d'éviter les fausses notes. Geek avec de la patine, il officie aussi dans la presse généraliste.

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