Même s’il demeure mal connu, Johny Srouji est un des cadres les plus importants de Cupertino. L’homme, un arabe chrétien israélien, comme il aime le rappeler, n’est chez Apple que depuis 8 années mais il a en charge l’un des secteurs les plus cruciaux pour l’entreprise, le design des processeurs mobiles pour les iPhone et les iPad. Signe d’un parcours interne hors norme, il a, en décembre dernier, rejoint l’équipe dirigeante de Cupertino en qualité de senior vice president for Hardware Technologies.

Recruté pour pallier les faiblesses des processeurs de l’iPhone Edge

johny-sroujiSon parcours, que raconte Bloomberg, est aussi étonnant que son identité culturelle multiple. C’est Bob Mansfield, le vice-président senior de l’ingénierie matérielle des Mac et des périphériques qui l’a fait entrer chez Infinite Loop, pour répondre à une exigence de Steve Jobs : qu’Apple se muscle en matière de processeur. On est en 2008, Apple a lancé le premier iPhone l’année précédente, et si le produit marque la rupture que l’on connait, il est aussi affecté de plusieurs défauts : un processeur poussif, une connectivité limitée à la 2G / Edge, et une autonomie batterie insuffisante. C’est que l’appareil rassemble des puces de différents fabricants, par exemple une puce Samsung pour lecteur de DVD, qui en limite les possibilités.

« Steve est arrivé à la conclusion que la seule manière pour Apple de vraiment se différencier en sortant un produit sans équivalent était de concevoir ses propres processeurs », se rappelle Johny Srouji. Embauché chez Apple, il rejoint une équipe de 40 ingénieurs, chargés d’intégrer les puces des différents fabricants dans l’appareil. Une équipe qui va vite considérablement grossir après le rachat par Apple de la société israélienne PA Semi. Celle-ci, fondée en 2003 par Dan Dobberpuhl, un spécialiste qui a participé à la mise au point des processeurs Alpha et StrongARM chez Digital Equipment dans les années 90, possède une propriété intellectuelle et un savoir-faire important dans le design processeur, et surtout l’efficacité énergétique de ceux-ci.

A4Les fruits de cet investissement dans les processeurs arriveront en 2010, avec le premier iPad et son processeur A4, un processeur toujours basé sur un design ARM, mais largement modifié par Cupertino. Mais c’est vraiment avec l’iPhone 5s et son processeur A7, le premier processeur 64 bits mobile, que Srouji et son équipe se signaleront au monde.

Car, dans l’industrie, l’arrivée de ce A7 produit une vraie onde de choc. Le leader du secteur, Qualcomm, met à la poubelle tous les projets de processeurs 32 bits pour consacrer toutes ses capacités à… combler le retard sur Apple. À l’évocation de ce vent de panique, Johny Srouji peine à cacher un sourire. « Quand nous décidions d’investir dans quelque chose, c’est que nous croyons qu’il répond à un problème que personne ne peut solutionner, ou qu’il est assez unique et différenciant que la meilleure manière de l’obtenir est de le faire nous-même », note-t-il.

Un chrétien né à Haïfa

Né dans une famille de 4 enfants, à Haïfa, M. Srouji a eu le nez dans le métal très tôt : son père possède une entreprise qui fabrique des moules pour réaliser des pièces pour l’industrie. Dès l’âge de 10 ans, il aide son père occasionnellement, mais celui-ci préfère qu’il se consacre à ses études et vise plus loin que la petite entreprise familiale.

Il rencontre quelques années plus tard un enseignant de Technion, l’institut israélien de technologies, qui lui fait découvrir l’informatique. Il rejoint rapidement l’école, réputée pour être l’une des meilleures au monde, et y réalise un parcours brillant. il soutient une thèse sur de nouvelles techniques pour tester matériels et logiciels, une thèse qualifiée d’avant gardiste par un de ces anciens compagnons de cours.

Son premier job sera chez IBM, qui possède à Haïfa son plus gros centre de recherche hors USA, où il travaillera sur les systèmes distribués, en laissant une fort impression à son ancien patron, Oded Coh, directeur du labo d’Haïfa. « Quelques fois je me demandais – quand il avait réussir à réaliser parfaitement et complètement un travail en quelques jours – s’il était brillant, ou s’il ne dormait jamais. Parfois la réponse était les deux ». Puis il rejoint Intel, en 1993, pour élaborer les techniques et logiciels permettant de vérifier la fiabilité des designs des semi-conducteurs.

Une expertise qu’il met désormais en pratique chez Apple, mais pas nécessairement au sein d’Infinite Loop. Apple possède plusieurs locaux, répartis dans la Silicon Valley où Johny se rend régulièrement. Là, des appareillages et des logiciels testent, secteur après secteur, le design des processeurs AX d’Apple. « Il ne faut pas se tromper », reconnait-il en concevant un processeur ou un System on a Chip. « Si vous avez faux sur un transistor, c’est game over. Le silicium ne pardonne pas ».

Labo Apple ©Justin Kaneps for Bloomberg Businessweek
Labo Apple ©Justin Kaneps for Bloomberg Businessweek

Et il parle le français !

Sous son impulsion, Apple a pris une ampleur considérable en matière de design de processeurs, et obtenu la souplesse nécessaire pour concevoir des processeurs supportant les fonctionnalités logicielles de ses appareils. C’est ainsi que la société a pu adapter le design et la bande passante mémoire des iPhone pour accueillir le mode photos en rafale, ou lancer le capteur Touch ID. En reconnaissance de son apport, il est devenu membre de l’équipe dirigeante d’Apple et a reçu 90 000 actions Apple supplémentaires en décembre dernier.

L’homme, de 51 ans, a plus d’une corde à son arc : il parle hébreu, arabe et français, mais conserve un petit accent en anglais. Mais il s’est bien mis dans la culture de l’entreprise : point de volubilité orientale quand il parle, la phrase qui revient le plus souvent dans son interview c’est « je ne veux pas trop vous donner de détail sur ce sujet ».

Arnaud joue du clavier comme d'autres du xylophone, mais le résultat demeure peu musical. Il conduit la rédac à la baguette et essaye d'éviter les fausses notes. Geek avec de la patine, il officie aussi dans la presse généraliste.

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