Apple, quelques jours avant le lancement de la WWDC 2016, a averti de grands changements à venir sur ses App Store : la généralisation des possibilités d’abonnement pour les apps, et l’arrivée de la publicité dans la page recherche des boutiques applicatives, permettant aux éditeurs d’associer, contre paiement, leurs apps à des recherches d’utilisateurs.

Cupertino tentait, ainsi, d’apaiser les critiques, de plus en plus vigoureuses, que les éditeurs adressent aux App Store. Il devient de plus en plus difficile de gagner sa vie sur les boutiques applicatives, qui sont en outre infestées d’applications de mauvaise qualité, parfois de copies totale d’applications existantes. Il est toujours impossible pour les développeurs de répondre à leurs utilisateurs, et ceux-ci sont de moins en moins enclins à payer pour des logiciels de qualité. L’abonnement est vu comme un moyen de permettre d’améliorer l’économie des applications, et de renforcer la rémunération des développeurs. Ceux-ci recevront, après le premier renouvellement d’abonnement, 85 % des versements du client, contre 70 % aujourd’hui.

Nous avons sollicité un panel de développeurs et d’éditeurs, d’horizons variés, pour leur demander leur sentiment sur ces nouveautés à venir, initiées par Phil Schiller. Raphael Sebbe, de Creaceed, développeur, notamment de Hydra, Martin, le développeur de Yummy FTP, Wanda Rzewuski, de Diagonal, éditeur, notamment du Robert Mobile et Vincent Bouvier, développeur de l’application Apple TV OhMyCouch!. Leurs réponses nous ont surpris, tant ils accueillent fraichement les nouveautés de la Pomme.

 

Schiller
Phil Schiller, l’initiateur des changements

Est-ce que le système d’abonnement vous parait être une bonne solution pour améliorer l’économie des apps ?

Raphael Sebbe, Creaceed : Je pense que ça répond à une partie du problème. Essentiellement les apps qu’on utilise fréquemment (éditeur de texte, mail), et celles qui offrent des contenus. Dans ce dernier cas, on paye l’accès au catalogue (films) ou au service (Dropbox). Dans le cas général, il suffit de regarder les apps sur son propre iPhone: voudrait-on qu’une majorité de nos apps soient en abonnement ? Non. Les jeux ? Non. Quel pourcentage, 10 apps sur 200 installées ? Je crois que cela touche relativement peu de développeurs, même si j’aimerais connaître les détails de l’implémentation : que se passe-t-il quand un utilisateur arrête de payer ? Et ces apps sous abonnements, sont-elles classées comme apps gratuites + achats intégrés ? Quelle solution pour les apps payantes? Beaucoup de questions donc.

Vincent Bouvier, OhMyCouch! : Je pense que le système d’abonnement est intéressant à condition que ce dernier soit complètement justifié comme les plateformes de VOD qui proposent du contenu nouveau régulièrement par exemple. J’imagine déjà des freemiums proposer des abonnements aux utilisateurs pour avoir plus de vies dans un jeu, ou une recharge plus rapide,… C’est effectivement un bon plan pour les développeurs mais pas forcément pour les consommateurs. Cependant je pense qu’Apple rend les choses très claires et donc il sera facile pour un utilisateur de se désabonner de tel ou tel service.

Martin, Yummy FTP : C’est un bon système mais pour les applications qui proposent du contenu nouveau tous les jours, toutes les semaines, ou tous les mois.

Wanda Rzewuski, Diagonal : Depuis 2 ans, le marché des applications est en chute libre. L’abonnement est peut-être un moyen de le soutenir.

Considérez-vous que ce système de souscription peut s’adapter à vos applications ?

appsRaphael Sebbe, Creaceed : Moyennement, il faut voir les détails. On pourrait l’essayer. Une simple évaluation de 24h pour les apps payantes aurait été tellement simple à implémenter, facile à comprendre. Et les mises à jour payantes me semblent plus respectueuses de l’utilisateur, puisque moins fréquentes et laissant la possibilité d’utiliser l’ancienne version achetée. J’ai du mal à comprendre leur entêtement sur ces 2 propositions essentielles.

Vincent Bouvier, OhMyCouch! : L’application OhMyCouch! pour l’instant n’utilisera pas ce système d’abonnement. En revanche si dans l’avenir je propose un système permettant à l’utilisateur d’avoir accès à un contenu, j’y penserai peut être.

Martin, Yummy FTP : Absolument pas !

Wanda Rzewuski, Diagonal : Pour les dictionnaires que nous éditons sur iOS, oui, sans doute, avec une fréquence d’abonnement annuelle.

D’autres commentaires sur ce système ?

Raphael Sebbe, Creaceed : Solution tardive et incomplète. Il y a certainement un potentiel, mais cela semble tout de même moyennement efficace pour le développeur, et potentiellement désagréable pour l’utilisateur. L’annonce hors WWDC, LA conférence des développeurs d’apps, de la disponibilité d’un nouveau business model comme celui-là est surprenante. Est-ce révélateur d’un certain malaise ou de doutes chez eux ? Peut-être.

Vincent Bouvier, OhMyCouch! : C’est bien qu’Apple démocratise ce type d’offre afin de le rendre plus simple d’utilisation pour l’utilisateur et les développeurs. Ce qui compte le plus pour moi c’est qu’un utilisateur soit conscient que son abonnement est en cours et qu’il puisse l’arrêter dés qu’il le souhaite.

Martin, Yummy FTP : Oui ! Matthew Drayton (Interarchy dev) a publié un bon message sur Twitter pour Phil Schiller : « comment corriger le Mac App Store ? En l’envoyant se faire frire sur une fusée en direction du soleil« . C’est mon sentiment, exactement mon sentiment. ça solutionnera tous les problèmes.

Wanda Rzewuski, Diagonal : Il reste encore de nombreuses inconnues, notamment sur les grilles tarifaires. Globalement, je trouve ça assez positif, mais pas en me disant que nous allons gagner pus d’argent, éventuellement en espérant un revenu plus régulier. Nous avons une vraie difficulté sur le marché applicatif iOS : les clients trouvent indécent d’avoir à payer à nouveau pour une application, même au bout de 4 ans. Peut-être que l’abonnement permettra de régler en partie ce problème. Ceci dit, j’ai l’impression que c’est un système pensé pour le marché nord-américain, et que les habitudes européennes sont très différentes. Et les abonnements, c’est bien, s’ils ne sont pas trop chers. S’ils sont très coûteux, comme l’abonnement Creative Cloud, je ne suis pas sûr que les clients s’y retrouvent.

Que pensez-vous de la publicité associée à la recherche ?

Search-adRaphael Sebbe, Creaceed : Une recherche plus efficace, ça aurait été un bon début. Prise en compte des mots mal orthographiés, des contenus liés, des consonances ou sémantiques similaires. Une recherche qui continue à fonctionner avec plus d’un mot. Comme ça existe un peu partout sur internet…

Vincent Bouvier, OhMyCouch! : Je sais que la publicité permet de financer beaucoup de services. Si cette dernière n’est pas intrusive ça ne me dérange pas. En revanche quand celle-ci bloque l’accès au contenu, prend toute la page pendant quelques secondes pour espérer un clic de l’utilisateur, etc… ça me gonfle. Donc je ne suis pas trop pour la pub en règle générale qui est trop mal utilisée.

Martin, Yummy FTP : Corriger la recherche ne nécessite pas d’avoir recours à la publicité. À mon avis la publicité n’est qu’un moyen de plus pour Apple de piquer encore plus d’argent aux développeurs. Est-ce que 30 % ce n’est pas assez ?

Ne risque-t-elle pas de favoriser outre mesure les éditeurs riches ?

Raphael Sebbe, Creaceed : Je ne suis pas convaincu que proposer un service de pub payant va aider le petit développeur qui a déjà des difficultés à rentabiliser. Je crois que ce système va surtout bénéficier à ceux qui ont déjà un excédent de trésorerie et qui pourront miser 10x à 100x plus que les petits. Apple annonce une intention opposée, voyons quelle est leur approche. Ceci dit, cela pourrait être plus efficace que les régies publicitaires concurrentes, car l’App Store reste une forteresse qui interagit très mal avec les autres écosystèmes.

Vincent Bouvier, OhMyCouch! : Certainement, mais c’est déjà le cas. Les editeurs riches ont la capacité de faire des applications de plus grande envergure. Ils ont accès à des services, des personnes et peuvent négocier des accords plus facilement que n’importe quel freelance. C’est comme ça. Mais heureusement les utilisateurs ne s’arrêtent pas à ça.

Martin, Yummy FTP : Si, bien sûr.

Wanda Rzewuski, Diagonal : Oui, c’est la prime aux gros. Quel petit éditeur pourra avoir le temps et l’argent à investir dans un système qui sera sans doute assez complexe ?

Qu’est-ce qu’Apple doit encore faire en priorité pour améliorer la vie des développeurs ?

Raphael Sebbe, Creaceed : Apple vient de jouer. Au suivant!

Vincent Bouvier, OhMyCouch! : Raccourcir le temps d’analyse des applications serait une bonne chose. À priori c’est en cours de progrès.

Martin, Yummy FTP : Abaisser la part reversée à Apple à 15 %, pour toutes les apps. Ou, comme je vous l’ai déjà dit, envoyer l’App Store se faire voir sur une fusée en direction du soleil. Cette solution me semble la plus efficace. Comme vous pouvez le constater, je n’aime pas trop l’App Store. ;-)

Merci à nos amis développeurs pour leurs réponses.

Arnaud joue du clavier comme d'autres du xylophone, mais le résultat demeure peu musical. Il conduit la rédac à la baguette et essaye d'éviter les fausses notes. Geek avec de la patine, il officie aussi dans la presse généraliste.

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