L’une des nouveautés d’iOS 11 et de macOS 10.13 est passée assez inaperçue, même si elle constitue l’un des plus importants paris effectués par Apple avec ces nouveaux systèmes. Ceux-ci supportent, en effet, un nouveau format de fichier image nommé HEIF, pour High Efficiency Image File Format. Prononcez le « hif ». Ce format est appelé à remplacer le JPEG dans les systèmes Apple, même si le vénérable JPEG – lancé en 1992 – demeure encore une option dans les Réglages Caméra.

Apple présente en détail ce nouveau format pendant la session 153 de la WWDC 17, présentation disponible en vidéo de laquelle nombre des informations présentées ici sont extraites. Pour Apple, ce nouveau format devait remplir plusieurs objectifs : être plus efficace que le JPEG au niveau de la compression et du maintien de la qualité, permettre d’intégrer des éléments annexes comme les vidéos, l’audio, d’autres images, des données EXIF, intégrer des informations couleurs larges et permettre un affichage sélectif, selon le périphérique de consultation.

HEIF, plus qu’un format, un container

Première grosse différence avec le JPEG, le format HIEV est un container plus qu’un simple format de fichier. Ce qui veut dire, concrètement, que celui-ci ne se limite pas à une image, mais à de nombreux autres éléments.

Le container HIEF peut associer plusieurs éléments :

  • l’image principale
  • l’image master, brute
  • des informations sur sa composition éventuelle en grille (nombre de tuiles, position…). Ceci permet d’afficher progressivement des images très haute définition
  • la vignette de l’image
  • des éléments vidéo, associés à un timing
  • des images annexes, non affichées, par exemple la couche alpha ou une couche contenant les information de profondeur de champ
  • des images annexes affichables. Série d’images pour le HDR (bracketing) par exemple
  • les métadonnées (localisation, espace chromatique)
  • du texte
  • de l’audio
  • des informations quant à l’affichage de l’image (rotation, recadrage etc.)

Autre particularité du HEIF, il n’est pas associé directement à un codec de compression, ce qui veut dire qu’il est possible de stocker ou de générer plusieurs versions d’une même image, en fonction des possibilités de décodage de la machine sur laquelle on va afficher l’image. Le HIEV supporte virtuellement tous les codecs de compressions, actuels et futur. Par défaut, Apple utilise le codec H.265/HEVC, mais il est tout à fait possible d’en utiliser d’autres. Sur le format JPEG, le codec utilisé est associé à l’image et intangible. C’est lui, d’ailleurs, qui définit le format.

Les avantages ? Compression, ouverture vers le futur, richesse d’exploitation

Le HEIF doit laisser sur place le JPEG au niveau du taux du ratio taux compression / qualité objective-subjective. Les tests manquent encore pour détailler les gains, mais ils doivent être sensibles. Le HIEV a été finalisé en 2015, quand le JPEG est un ancêtre lancé en 1992.

L’autre gros avantage de ce format est son ouverture vers le futur. Avec sa structure modulaire, il pourra être associé à différents champs d’application en intégrant des données spécifiques, par exemple pour la 3D une image pourra être associée à un fichier bitmap représentant les élévations. Ces images sont dites images auxiliaires.

Le HEIF gère les espaces colorimétriques étendus, type P3, permet des images multi-résolutions, selon leur destination.

Actuellement en version 1, la norme HEIF va passer très prochainement en version 2, en cours de finalisation. Nokia l’a également adoptée.

La pari

Apple réussira-t-elle à faire triompher ce nouveau format, qui cumule de nombreux avantages ? Ce n’est pas certain. Google a tenté d’imposer son WebP, Mozilla son MozJPEG, pour le moment sans grand succès. Mais le HIEV est un format standardisé, et Apple sait mieux que personne enterrer les technologies qu’elle juge désuètes.

Ainsi en est-il allé du lecteur de disquettes, du lecteur de DVD, ou, plus récemment et de manière encore incomplète, du port USB-A. Le poids de la Pomme sur l’industrie est tel qu’elle a toutes les chances de parvenir à ses fins. Surtout qu’en matière d’image, la domination de la Pomme est plus complète encore – souvenez-vous que l’iPhone est depuis très longtemps l’appareil photo le plus utilisé sur des services comme Flickr.

Vous pouvez voir des exemples d’images HEIF sur cette page.

Arnaud joue du clavier comme d'autres du xylophone, mais le résultat demeure peu musical. Il conduit la rédac à la baguette et essaye d'éviter les fausses notes. Geek avec de la patine, il officie aussi dans la presse généraliste.

3 COMMENTAIRES

    • @Yvan Koenig

      Merci pour le rappel de lien ^_^

      D’après ce que j’ai compris l’image est affichée grâce à du code JS. Je me souviens que son développeur avait proposé cette solution en attendant qu’il soit implémenté nativement. La question que je me pose aujourd’hui c’est de savoir si Apple a l’intention de le prendre en charge nativement dans son navigateur (de sorte qu’on ai plus besoin du code JS pour l’afficher) ou bien si elle garde cette technologie uniquement pour ses serveurs et ses apps.

      Pour illustrer mon propos, dans le lien en question il n’est par exemple pas possible de faire un glisser déposer sur le bureau pour récupérer le fichier comme on le ferait avec une image classique. Je me demande donc si on va pouvoir dans un avenir plus ou moins proche glisser un image.hiev dans une page web comme on y glisse un image.jpg

      Voilà. J’espère que je n’ai pas été trop confus dans mes propos.

      NB: Les possibilités offertes par ce format de fichier, en particulier sur les rafales est totalement dément !

À vous la parole !

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