Aldous Huxley et George Orwell n’étaient même pas allés jusque là : même les meilleurs devins n’avaient pas imaginé un système capable de reconnaitre et trouver, en quelques secondes, n’importe qui n’importe où sur la planète. Mais les développements récents en matière d’intelligence artificielle et de Big Data ouvrent des possibilités inédites qui font froid dans le dos. Ainsi apprend-on que la Chine développe un système de reconnaissance faciale qu’elle veut capable de reconnaitre – et localiser – n’importe lequel de ses 1,37 milliards de citoyens, et accessoirement de ses visiteurs, en moins de trois secondes.

Le futur… immédiat

Le projet a été lancé en 2015 par le Ministère de la Sécurité Publique et est développé par une entreprise de Shanghai nommée Isvision. L’idée est de mettre en place une base de données faciales de tous les citoyens du pays et de le connecter au réseau de caméras de surveillance – pardon de vidéoprotection pour employer la novlangue actuelle – pour permettre l’identification immédiate.

Isvision

Bien sûr, le projet se heurte à d’énormes difficultés et demeure, aujourd’hui, loin des objectifs assignés, à savoir un taux de reconnaissance proche de 90 % en moins de 3 secondes. Pour améliorer son efficacité, les systèmes de caméras devront passer à la très haute définition – coucou les caméras 4K et mieux bon marché – voire à la 3D. Apple compte bien démontrer, d’ici quelques jours, que la reconnaissance quasi parfaite des visages, scannés en 3D, est de l’ordre de la technologie grand public.

En l’état actuel, le système développé en Chine demeure assez compact : les portraits de référence ne pèseraient que 13 To, et les informations détaillées à peine 90 To. Des exigences de stockage à la portée de n’importe qui ou presque, qui ouvriront des possibilités de piratage inédites. D’autant qu’évidemment un tel système suppose de fonctionner dans les nuages.

C’est pour la sécurité qu’on vous dit

Même en Chine, pays classé 176e sur 180 en matière de liberté de la presse, on ne développe pas un tel système sans l’habiller de beaux atours sécuritaires. « Le système est développé pour la sécurité et une utilisation gouvernementale comme le pistage de suspects recherchés », explique Chen Jiansheng, un professeur de l’université de Tsinghua, membre du comité de standardisation qui suit les développements technologiques pour la police. Évidemment, reconnait-il, « cette politique peut changer pour des questions économiques, ou pour des demandes sociétales ».

C’est d’ailleurs sans doute un hasard si le premier système de reconnaissance faciale publique a été installé par Isvision en 2003 sur la place Tian’anmen, lieu où ont été réprimées dans le sang les manifestations d’opposition au gouvernement chinois en 1989. Isvision reste assez discret sur son nouveau projet, se bornant à reconnaitre avoir remporté l’appel d’offre gouvernemental mais se retranchant derrière la nature « confidentielle des développements ».

Un tel système peut-il être mis en place en occident, où la liberté des citoyens a tout de même plus de poids qu’en Chine ? Les très nombreuses mesures attentatoires aux libertés individuelles prises pour répondre aux actes terroristes devraient inciter à une confiance modérée sur le sujet. Et nul doute que l’on trouvera de bonnes âmes pour se demander où est le problème si l’on n’a rien à se reprocher.

Et le commerce bordel ?

Dans l’immédiat, les acteurs économiques jaugent le développement chinois avec bienveillance, y découvrant toutes sortes de nouvelles opportunités commerciales. Et oui, en plus c’est bon pour le business.

La reconnaissance faciale permet, ainsi, de simplifier les accès restreints à tel ou tel bâtiment, de simplifier les paiements au restaurant, ou – c’est plus rigolo – de contrôler les accès aux toilettes. À Pékin, ainsi, des toilettes publiques disposeraient de système de reconnaissance faciale pour refuser l’accès au papier toilette aux personnes qui y passeraient trop souvent. Ami à petite vessie, ou faiblard de la prostate, le futur sera rieur.

Pour le moment, le système chinois est encore loin d’être opérationnel : les taux de reconnaissance ne dépassent pas les 60 %, et ne grimpent qu’à 70 % si l’on étend la sélection aux 20 meilleures possibilités.

L’algorithme principal est développé par SeetaTech, une startup fondée par des chercheurs de l’institut de Computing Technology de l’Académie des Sciences de Pékin. Lesquels reconnaissent les gros challenges technologiques à relever, notamment la capacité à distinguer un visage de visages proches, par exemple des membres d’une même famille.

Mais, encore une fois, l’amélioration de ce taux de succès ne dépend que de la richesse de la base de données, de la puissance des algorithmes et de la qualité des caméras. En clair, ça ne fera que grimper à partir d’aujourd’hui jusqu’à atteindre une quasi-perfection dans quelques années.

Arnaud joue du clavier comme d'autres du xylophone, mais le résultat demeure peu musical. Il conduit la rédac à la baguette et essaye d'éviter les fausses notes. Geek avec de la patine, il officie aussi dans la presse généraliste.

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