La lutte qui oppose Qualcomm à Apple traverse toute l’industrie des télécoms. Deux géants s’affrontent, faisant feu de tout bois, l’un accusant l’autre, lequel réplique à son tour et ainsi de suite. S’il n’est pas encore tranché, ce combat, pourtant, pèse terriblement plus lourd sur Qualcomm que sur Apple, qui pèse plus de 10 fois la capitalisation boursière de son adversaire, et dont l’action continue de croitre, tandis que celle de Qualcomm dégringole depuis le début des hostilités.

« C’est tout le projet d’Apple : écraser ses opposants jusqu’à ce que ceux-ci finalement acceptent leurs termes, sous la pression », estime Derek Aberle, ancien président et négociateur en chef de Qualcomm. L’inventeur, d’ailleurs, donne des premiers signes de faiblesses, envisageant un accord transactionnel avec la Pomme.

Une « taxe » au pourcentage qui pénalise Apple

Ce qu’Apple conteste, c’est le modèle économique de Qualcomm : d’un côté, celui-ci vend ses modems, considérés à juste titre comme les plus avancés – autour de 18 $ pièce estime Bruce Sewell, le responsable juridique d’Apple – et de l’autre, il exige paiement de royalties pour l’accès aux technologies couvertes par ses 130 000 brevets. Qualcomm exige jusqu’à 5 % du prix des appareils, un montant estimé concernant les iPhone à 30 $, que le Pomme a sans doute réussi a ramener à 10 $ pièce. Mais la Pomme aimerait encore réduire se montant, pour se rapproche de 4 $.

Le « mur de brevets » exhibé fièrement au siège de Qualcomm

C’est encore trop pour la Pomme, qui s’estime lésée par une « taxe au pourcentage », laquelle, évidemment favorise ceux qui vendent leurs smartphones moins cher, qui se retrouvent à payer nettement moins pour l’accès aux technologies puisqu’une partie de la somme exigée par Qualcomm est fonction du prix de l’appareil concerné. Pire, Qualcomm se trouve à engranger plus lorsque Apple vend un appareil avec 256 Go de stockage, au lieu de 128 Go, alors même que les technologies Qualcomm n’ont rien à voir avec le stockage. « Est-ce que c’est juste que Qualcomm gagne 5 $ de plus sur l’iPhone le mieux doté en stockage alors même qu’il est sinon exactement identique au modèle qui dispose de moins de stockage », demande Sewell.

Tiens Samsung est allié d’Apple

La Pomme, pourtant, ne s’est pas toujours révoltée contre le système Qualcomm. Au contraire, elle a longtemps travaillé avec l’entreprise de San Diego sans broncher. Elle a, en fait, attendu de disposer d’une alternative, même un peu moins bonne, laquelle s’est avérée être le modem Intel, utilisé à partir de 1015 sur certains iPhone. Apple n’en fait d’ailleurs pas mystère : « ce qui nous a poussé à lancer notre action aujourd’hui et pas il y a 5 ans c’est le fait de disposer d’une seconde source », commente Sewell.

Le QG de Qualcomm

Pour sa bataille, Apple s’est adjoint des alliés qui peuvent surprendre, notamment Samsung : Cook, lors d’une rencontre avec le désormais prisonnier vice-président de Samsung Jay Y. Lee, aurait conseillé à son concurrent de monter un dossier auprès des autorités de régulation de la concurrence coréennes, la KFTC, qui fin 2016 a sanctionné Qualcomm à hauteur de 850 millions de dollars pour ses « pratiques anti-concurrentielles ». Trois mois plus tard, c’est l’U.S. Federal Trade Commission qui ouvrait une enquête sur Qualcomm. Trois jours après, Apple lançait sa propre procédure. Rien de ce timing n’est évidemment le fruit du hasard. Quelques semaines après ces événements, Qualcomm avait vu sa capitalisation boursière fondre d’un tiers.

Le modem, un composant comme un autre

Le succès fantastique de Qualcomm doit beaucoup a un brevet essentiel, le Code division multiple access alias CDMA, qui, avec la 3G, a permis d’utiliser une technique d’étalement de spectre, permettant à plusieurs liaisons numériques d’utiliser simultanément la même fréquence porteuse, au lieu de l’utiliser alternativement comme c’était le cas jusqu’alors.

Apple finalement n’accepte pas de continuer à payer plein tarif pour les modems de Qualcomm ; la Pomme, d’ailleurs, devenue experte en design de processeurs, s’attèle à la conception de son propre modem. Et si elle réussit en la matière ce qu’elle parvient à faire en matière de CPU, où le nouveau processeur A11 Bionic écrase les Snapdragon 835 de Qualcomm, le fabricant de modem a du souci à se faire.

L’Apple Park

Mais, globalement elle estime, sans doute avec raison, que le modem n’est qu’un composant comme un autre désormais. Les 10 milliards de dollars que l’entreprise dépense chaque année en recherche et développement ont accouché de nombreuses autres technologies : le capteur d’empreinte, maintenant le capteur 3D qui analyse et reconnait le visage. L’importance relative du modem décline : aucune de ces technologie différenciante ne repose sur la transmission cellulaire.

Qualcomm veut croire que les choses vont changer avec l’arrivée de la 5G. « C’est ainsi, entre deux sauts technologiques, les discussions sur le prix des licences prennent de l’importance. Quand une nouvelle technologie arrive, chacun est alors bien content de payer Qualcomm pour en disposer », estime-t-on du côté de Qualcomm.

L’avenir dira si cette prédiction se concrétise.

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