Lancé en janvier dernier, Setapp, un service d’accès à une centaine d’applications Mac sur abonnement, compte désormais 200 000 abonnés, dont 11 000 payants, les autres bénéficiant du mois d’essai gratuit du service de MacPaw. Un succès certain, même s’il reste sans doute en deçà des attentes de ses concepteurs à ce stade.

C’est que cette idée intervient alors même que le principal canal de distribution des apps Mac patine : le Mac app Store est le parent pauvre de l’offre d’Apple, ne bénéficiant pas d’une grande attention de Cupertino, ne proposant pas d’offre d’essai, ni de possibilité pour les développeurs de facturer les mises à jour majeures, ou de proposer pour celles-ci un tarif préférentiel aux anciens utilisateurs. S’ajoutent les limites sécuritaires bien acceptées sur iOS, mais moins sur Mac : pas d’accès aux services système, et apps strictement « sandboxées ».

L’idée de l’abonnement, que de plus en plus de développeurs essaient de faire accepter à leurs utilisateurs, se heurte de son côté à la réticence de ceux-ci, qui ne désirent pas forcément s’engager dans la durée et repasser en caisse tous les mois.
Setapp propose, lui, un accès à une grande variété d’apps de qualité, à un tarif très raisonnable – 9,99 $/mois + TVA. À titre de comparaison, l’abonnement à Ulysses seul est facturé 4,99 $/mois. L’offre apparait ainsi séduisante et le service permet d’avoir ses apps à jour, avec utilisation à volonté. D’autant qu’elle comporte de nombreux logiciels de grande qualité : On y trouve donc l’excellent Ulysses, gestionnaire de texte très complet et très bien pensé, Capto, un bon enregistreur d’écran, CleanMyMac, indispensable pour libérer de l’espace sur nos machines, Downie, pour télécharger des vidéos sur le web, Yummy FTP Pro, le meilleur client FTP/SFTP du marché, XMind, l’outil de cartographie mentale. De nombreux logiciels de création graphique répondent à l’appel, notamment Tayasui Sketches, pour le dessin, Polarr, pour l’édition d’images, Photolemur pour leur amélioration automatique, ou Flume, le client Instagram. Limite, aucun jeu n’est proposé sur Setapp : on reste dans les applications productives, point.

Setapp générera près de 1 million de dollars de revenus annuels

8 mois après son lancement, Setapp compte 11 000 abonnés payants, et 190 000 abonnés en période d’essai. « 11 000 abonnés payants permettent d’envisager un revenu supérieur à 1 million de dollars sur un an, ce qui est impressionnant pour un service si jeune », note MacPaw. Avec 101 apps au compteur, l’offre d’abonnement regroupe pour 2873 $ de logiciels (en se basant sur leur valeur d’achat) ; elles proviennent de 87 éditeurs différents. Les développeurs conservent 70 % des revenus, la répartition s’opérant sur le nombre d’applications lancées chaque mois par les utilisateurs, et sur le prix facial du logiciel. Setapp travaille également à deux nouvelles offres : un abonnement familial et un abonnement business, qui permettront d’augmenter le revenu généré.

L’avis des développeurs

Mais qu’en pensent les développeurs ? Quels sont les retours de ceux qui proposent des apps sur Setapp, et quelles sont les questions de ceux qui hésitent encore ? Nous avons sollicité Martin, programmeur britannique, de Yummy Software, qui propose Yummy FTP sur Setapp, de Daniel, un développeur allemand dont le logiciel de gestion du temps – Timing – est également accessible. Dan Counsell, RealMac a de son côté publié son avis sur le service. Enfin, nous avons demandé à Raphaël de Creaceed, dont les apps ne sont pas encore sur Setapp ce qui le retenait.

Une source de revenu appréciable et supplémentaire

« Setapp fonctionne bien pour moi », estime Daniel, développeur de l’app Timing. « Je reçois un revenu régulier assez comparable à celui indiqué par Dan Counsell (NDR : autour de 1800 $/mois), ce qui constitue un joli bonus, d’autant que celui-ci n’impacte pas négativement les ventes directes de mon application. Je compte plusieurs centaines d’utilisateurs de mon application via Setapp ».
« Je suis jusqu’à présent plutôt content de Setapp », note Martin, le développeur de Yummy FTP. « Les revenus générés sont environ 1/3 de mes ventes directes, et autour de 1/4 de mes ventes via le Mac App Store. Nous ne connaissons pas les téléchargements effectifs de nos applications via Setapp mais je compte environ 800 utilisateurs de mon application quotidiennement ». Signe de sa confiance dans le service, Martin compte y ajouter Yummy FTP Watcher – qui permet de surveiller un dossier et d’envoyer tout nouveau contenu sur un FTP automatiquement – prochainement.

Yummy FTP sur Setapp

Dan Counsell de son côté se demande si Setapp sera « viable sur le long terme, ou s’il constitue le futur de la distribution des apps ». En 8 mois, Setapp a généré 11 000 $ de revenus pour l’éditeur, avec une moyenne autour de 1800 $/mois sur les derniers mois. « J’aimerais atteindre la barre des 4000 $ », note-t-il.

Un service qui vaut pour les apps de qualité et plutôt onéreuses

Avec son mode de répartition des revenus, Setapp ne pourra que difficilement intégrer plusieurs centaines d’apps : pour que les éditeurs reçoivent une somme significative, il vaut mieux que les logiciels proposés sur le même secteur que les leurs soient peu nombreux. « Trop de concurrence interne pourrait tuer le service », note l’un d’eux. « Actuellement, Setapp propose une centaine de logiciels, mais j’ai du mal à l’imaginer atteindre les 500 ou les 1000 applications », note Martin. D’autant que si le nombre d’apps venait à se multiplier sans que le nombre d’abonnés n’augmente, le revenus généré par app s’effondrerait. Et les éditeurs commenceraient sans doute à retirer certaines de leurs apps. Un délai de 3 mois est requis par MacPaw avant de retirer une application de son offre.

Autre facteur important, le prix du logiciel : mieux vaut proposer, sur Setapp – qui est un service sur invitation, MacPaw contacte les développeurs qu’il aimerait recruter – des applications assez couteuses : d’abord ceci augmente la valeur perçue du service, et ensuite, ça assure un revenu plus confortable à l’éditeur du logiciel, puisqu’il est rémunéré en fonction du prix de vente de son app. « La valeur de base de mon application Timing – combien de temps est-ce que je passe sur telle ou telle tâche – intéresse beaucoup de monde, mais tous ne désirent pas acheter le logiciel, vendu 79 €. Sur Setapp, ils l’obtiennent avec leur abonnement, ce qui incite à son usage », note-t-il.

Timing sur Setapp

setapp : les limites

De l’avis quasi général, Setapp fonctionne bien pour les éditeurs, et leur offre une source de revenus complémentaire. « Je dirais à ceux qui n’y sont pas, allez-y, vous n’avez rien à perdre », résume Martin.

Pourtant, le modèle ne s’adapte pas à tous les logiciels. Par exemple, un logiciel qui répond à des besoins très occasionnels ne générera sans doute pas assez de revenus pour son éditeur, le calcul des montants payés se basant sur le nombre de lancements chez les utilisateurs.

De même, comme c’est le cas sur le Mac app Store, mettre son app sur Setapp ne dispense pas d’un vrai travail de marketing : contacter régulièrement MacPaw pour qu’ils mettent en avant votre logiciel lors d’une mise à jour semble ainsi très utile.

Enfin, l’offre ne peut s’épanouir que dans un volume d’apps assez précis – ni trop peu, pour garder le service attrayant, ni trop, pour éviter trop de concurrence entre les apps – et à partir d’une sélection efficace pour ne conserver que des apps de qualité.

Maintenant que vous avez l’avis des développeurs, et si vous nous donniez, vous, votre avis sur ce service ? Nos réactions vous attendent.

Arnaud joue du clavier comme d'autres du xylophone, mais le résultat demeure peu musical. Il conduit la rédac à la baguette et essaye d'éviter les fausses notes. Geek avec de la patine, il officie aussi dans la presse généraliste.

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