Il n’est sans doute pas exagéré de dire qu’avec la sortie de l’iMac Pro, nombre de professionnels ont poussé un ouf de soulagement. Apple donne enfin un signe positif à leur endroit, avec un Mac pensé pour eux, et en profite pour rassurer quant à la sortie d’un nouveau Mac Pro modulaire, chargé de faire oublier l’urne actuelle, assorti d’un nouvel écran haut de gamme.

Une fois ceci posé, nous sommes allé à la rencontre d’une dizaine de professionnels dont le métier tourne autour des Mac : montage vidéo, développement logiciel, trucage vidéo, professionnels de la sécurité, dessinateurs, nous avons visé large. Avec une série de questions en tête : est-ce que cet iMac Pro les intéresse, pensent-ils éventuellement l’acquérir, qu’en attendent-ils et que n’aiment-ils pas dessus.

ay! le tarif

Les réactions sont contrastées et polarisées : une bonne majorité de notre panel ne se montre pas intéressé, trouvant le tarif délirant eut égard à leurs besoins. Mais pour qui donc est pensée cette machine, se demandent Julien, qui conçoit des habillages vidéo pour de grandes chaines de TV françaises, Marc, auteur de BD dessinées sur Mac, ainsi que Michael, le papa de benchr et Raphaël, le boss de l’éditeur Creaceed.

À l’évidence, le tarif est le principal – l’unique – point d’achoppement, mais quel point. « J’ai juste vu le prix, je n’ai pas eu envie d’en savoir plus. Drôle de calcul de la part d’Apple, non ? », résume Marc. « C’est évidemment beaucoup trop cher », renchérit Michael, « et ce n’est pas tellement adapté à nos usage de développement iOS. Là, pour le prix d’un iMac Pro, on achète 3 autres Mac », tranche-t-il.

Raphaël, sans doute le plus geek de nos sceptiques a tout de même été jusqu’à configurer une machine sur l’Apple Store. « J’ai joué le jeu, je me suis fait une config sur le site. Comme la machine n’est pas évolutive, on gonfle un peu les specs pour que l’investissement dure un peu plus longtemps. J’arrive à environ 8000€ TTC. C’est pas donné. Ce qui m’embête, c’est qu’on ne pourra pas changer de GPU dans 2 ans, et que le choix du GPU (AMD) le disqualifie sur des applications pro où CUDA (nVidia) est nécessaire », note-t-il. « Investir autant dans une machine qu’on ne peut pas urgrader, c’est bof ».

Du CUDA, et pas à moitié !

Ce problème de CUDA, la technologie de NVIDIA qui permet d’utiliser le GPU pour effectuer des calculs intensifs, reste aussi en travers de la gorge de Julien, qui développe des habillages vidéo. « Est-ce que le « Cuda Like » d’AMD sera adopté par Adobe, voilà ce qui fera une vraie différence dans le monde de la vidéo », note-t-il. Et un support « en bêta » des GPU AMD comme c’est le cas pour After Effects ne suffit pas. Pour justifier de l’achat d’un iMac Pro, il faut une forme de garantie de pérennité.

« Mais j’avoue que j’aimerais bien m’en payer un », glisse quand même Julien, avec, en écho, Raphaël : « Je serais quand même curieux de compiler les projets dessus, mais j’aurais sans doute peur de vouloir le garder après… On s’habitue vite à ce genre de choses ».

Des gains facteur 2 ou 3

Et puis il y a les autres, ceux qui sont bigrement intéressés par un iMac Pro, pour lesquels la dépense demeure relative, et ne s’envisage qu’en considération des gains apportés.

Mathieu, le co-fondateur d’Aquafadas et désormais entrepreneur, ne manque pas de noter que les premiers tests font état de « gain de vitesse d’un facteur 2 à 3 sur les tâches vidéo et image, alors que depuis des années on peine à gagner 10 à 20 % de génération en génération ». L’iMac Pro entérine « un vrai gap au niveau des performances ». Évidemment, il ne suffit pas d’exercer une activité professionnelle pour être un « Pro » concerné par l’achat d’un iMac Pro. Il faut que votre domaine d’activité et la taille de votre structure soient tels que les gains de productivité engrangés aident à amortir la machine. En la matière, Mathieu pense que la vidéo et l’image, ainsi que les développement 3D et VR sont les vrais cibles de cette machine. « Mais on est quand même en train de parler d’une machine qui vaut plus près de 10 000 € que de 5000 € dans ce cas », explique-t-il.

Pour les développeurs, c’est déjà un peu plus contestable. « Sur le dev, les performances ne semblent pas si significatives, avec des gains de l’ordre de 60 % lors des compilations », remarque-t-il. avant de se lancer dans un petit calcul : « Dans une boite de développement, un de tes programmeur va compiler son projet 2 à 3 fois par heure, et ça lui prend à chaque fois 5 minutes. Ça peut valoir le coup d’investir quand même dans un iMac Pro ».

Des Pros, pas seulement des créatifs

Yoann, expert en sécurité et boss de Abelionni, a bien décrypté la fiche technique de l’iMac Pro et il « ne voit pas quel pourrait être le point limitant au quotidien ». L’iMac Pro pourrait tout à fait convenir à un pro de la sécurité comme lui : « En tant que prestataire de service informatique travaillant dans le domaine de la sécurité et des infrastructures à grande échelle, j’ai souvent besoin de démarrer un certain nombre de machines virtuelles et d’outils d’analyse consommateur en mémoire vive, en même temps sur ma machine. Ce genre de machine permettrait dans mon cas de travailler sans sentir de limitation matérielle. »

Il lui semble d’ailleurs que l’iMac Pro pourrait intéresser au delà des métiers créatifs : « De plus en plus de métiers nécessitent de grosses puissances de calcul et pas seulement au rendu final. Et de plus en plus de ces métiers sont associés à des petites équipes de travail ou à de petites sociétés spécialisées n’ayant pas forcément les moyens de maintenir un parc de travail au quotidien et un parc de calcul pour rendu final », estime-t-il.

On le voit, avec son iMac Pro, Apple a réveillé l’intérêt de son public historique, et montré une certaine idée de la machine professionnelle, tout en un, conçue pour la vitesse, mais à prendre comme une entité fermée. Ce manque d’évolutivité interne – Apple renvoie sur les stockage et eGPU pour étendre la machine, par l’extérieur – se conjugue avec un tarif très salé, certes, en phase avec la puissance délivrée aujourd’hui, mais de nature à plomber bien des comptes. L’iMac Pro trouvera-t-il ses niches ?

Arnaud joue du clavier comme d'autres du xylophone, mais le résultat demeure peu musical. Il conduit la rédac à la baguette et essaye d'éviter les fausses notes. Geek avec de la patine, il officie aussi dans la presse généraliste.

2 COMMENTAIRES

  1. le principal intérêt de cet ImacPro est l’envoi d’un message. Apple se souvient enfin que des personnes travaillent avec leurs ordinateurs. Après des années de mutisme ils parlent un peu. On n’est pas rassuré mais ça va dans le bon sens.
    Pour le reste, qui ne connait pas, autour de lui, d’imac dont la carte graphique a cramé, ou bien c’est la carte mère ou bien autre chose qui n’a pas supporté la chaleur. Et on se retrouve à jeter un écran 27 pouces parfaitement fonctionnel au bout de 2 ans. Ca fait un peu mal … alors mettre 6000€ là dedans…j’attendrais plutôt la révision 1. S’il y en a une !

À vous la parole !

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