Lors du lancement de l’iPhone, en 2007, cette simple question faisait scandale ; 10 années plus tard, les choses ont bien changé et le marché de la photographie a été radicalement transformée par l’arrivée des smartphones. Il n’est plus, en 2018, farfelu de se demander si la photo sur smartphone risque de surpasser celle sur réflex, à court, moyen ou long terme.

On serait bien en peine, cette année, d’estimer le marché des appareils photos compacts, qui ont quasiment disparu des rayonnages et qu’on ne trouve plus qu’occasionnellement dans les mains d’un touriste en vacances, là où les smartphones sont innombrables. Certes, les grands fabricants d’appareils photos n’ont pas dit leur dernier mot, et les hybrides experts connaissent même une relative croissance, tandis que le domaine des réflex – ces appareils qui permettent de voir dans leur viseur analogique, l’image qui sera capturée par le capteur – se maintient. De très nombreux photographes ne jurent toujours que par leur boitier expert, et leurs coûteuses optiques. Les avantages demeurent indéniables : sensibilité extrême, capacité de captation lumineuse sans équivalent, gestion avancée de la profondeur de champ etc…

Cependant, dans de nombreux domaines, ceux-ci ont nettement perdu l’avantage : ils sont encore rares, aujourd’hui, à disposer de mode vidéo 4K, a fortiori de mode de ralentis vidéo avancé. Leur coût est sans équivalent même face au plus cher des smartphones grand public qu’est l’iPhone X et leur portabilité demeure très inférieure. Sans parler de l’armada logicielle qui permet de traiter ses clichés directement sur son smartphone.

En outre, deux tendances lourdes se font jour sur les smartphones : la progression régulière de la qualité optique – double optique, optique à ouverture variable sur le Galaxy S9 – et le développement de la photographie computationnelle, où l’informatique vient seconder et pallier les faiblesse du capteur et de l’optique.

Bref, la bataille fait rage et nous avons eu envie de recueillir l’avis de spécialistes incontesté du domaine de la photographie sur iPhone. Ben Sandofsky, le co-développeur de Halide, l’une des applications photo expert les plus sensationnelle sur iPhone, nous donne son avis sur les forces et les faiblesses des iPhone dans le domaine de la photo, les évolutions prévisibles, ainsi que l’avenir de son app. En exclusivité.

• Quelles sont les forces de l’appareil photo de l’iPhone ?

Tout d’abord, c’est la chose la plus importante, c’est l’appareil photo que nous avons tout le temps dans notre poche.

Ensuite, c’est incroyable la qualité que l’on obtient à partir d’un capteur aussi petit. La qualité d’image d’un iPhone peut rivaliser avec celle d’appareils photo qui coûtent, seuls, plus cher que l’iPhone. Apple a une considération culturelle très avancée de la photographie, au même titre qu’en matière de musique, et ça se voit.

Ben Sandofsky

• Quelles sont les limitations de celui-ci ?

Malheureusement, Apple ne peut pas s’affranchir des lois physiques. Si vous utilisez un capteur plus grand, vous capturez plus de lumière. Ce qui veut dire, qu’en condition de faible lumière, les appareils photo dédiés réussiront toujours des photos avec moins de « bruit » que les iPhone.

Il est également à peu près impossible de synchroniser un flash externe avec un iPhone. Ce qui signifie qu’il n’est pas possible de réaliser des photos utilisant un dispositif de flash complexe. Ça a à voir avec le capteur à obturateur roulant de l’iPhone, et la faible latence qui permet de déclencher un flash au 1/1000e de seconde. Cependant, il est toujours possible d’utiliser de bons dispositifs d’éclairage avec un iPhone avec des lumières continues, comme des LED à haute puissance., mais ça demeurera plus limité que ce que l’on peut réaliser avec un réflex et les flash à haute vitesse.

Les iPhone sont également limités quant au temps d’exposition, qui ne peut dépasser les 1/3 de seconde. Cela rend donc difficiles les photos de nuit, ou la capture de traces lumineuses que l’on peut voir sur les photos de routes de nuit par exemple. Cette limite peut être liée à la consommation électrique, ou au dégagement de chaleur lié au capteur. Nous ne savons pas exactement – seule Apple sait – mais ça serait vraiment génial de pouvoir réaliser des photos avec une exposition de l’ordre de 30 secondes.

Ceci dit, la plupart de ces limitations peuvent être dépassées de manière logicielle. Comme Apple l’a montré avec son « mode portrait », nous n’en sommes qu’au début de la découverte de la puissance de la photographie computationnelle. Il y a des apps qui, par exemple, simulent les traces lumineuses en combinant plusieurs images entre elles (NDR : l’app photo fait ça à partir des Live Photo via l’effet « pose longue », vous pouvez consulter notre « pratique » sur la photo longue pose). C’est génial. Après, ça pose des questions d’ordre quasiment philosophique : quand une photographie cesse-t-elle d’être une photographie ?

• Dans quels domaines l’API photo peut-elle être améliorée ?

Je pense que nous ne sommes qu’au début du support du format RAW (NDR : format brut de capteur, qui enregistre plus d’information qu’un format compressé, notamment dans les zones de hautes et basses lumières) sur les téléphones mobiles. Apple propose déjà des outils incroyables, mais de nombreuses applications de tierces parties ne les utilisent pas ! Immédiatement après la sortie de Halide l’an dernier, nous avons reçu un bon nombre d’emails de demande de support concernant des photos floues lorsqu’elles étaient chargées sur Instagram. Il s’est avéré qu’Instagram ne chargeait pas correctement les fichiers RAW, qui ne se chargeaient qu’à une basse résolution de l’ordre de 500 000 pixels. La vraie photo, elle, était un cliché de 12 millions de pixels, évidemment la version 1 demi million de pixels semblait floue.

Nous avons finalement réussi à contourner ce problème de manière à ce que les apps qui ne supportent pas le RAW n’utilisent pas une prévisualisation de basse définition. Actuellement, si vous voulez vraiment tirer parti des clichés RAW, vous devez absolument les charger dans des applications qui comprennent ce qu’elles font. C’est pourquoi nous avons attaché autant d’importance à l’intégration d’Halide avec Darkroom.

• Que pensez-vous de l’appareil photo avec optique à ouverture variable du Galaxy S9 de Samsung ?

Je pense que c’est vraiment intéressant. Nous recevons très régulièrement des courriers d’utilisateurs nous demandant comment faire varier l’ouverture du diaphragme, et nous devons leur expliquer que les iPhone utilisent une optique à ouverture fixe. Avoir une option pour utiliser une ouverture plus grande et capturer plus de lumière serait vraiment excellent.

Ceci dit, les fabricants sur Android ont souvent tendance à mettre sur le marché des fonctionnalités qui ne sont pas matures. Si elles sont vraiment utiles, je suis certain qu’elles apparaitront sur iPhone à un moment ou un autre. Si elles n’apparaissent pas, c’est le plus souvent qu’il y a des inconvénients que l’on ne connait pas forcément, mais qu’Apple connait.

Galaxy S9, photo Android Central

• Avez-vous en projet de supporter la vidéo dans Halide ?

Non ! J’aime la vidéo, mais elle requiert un autre état d’esprit que la photographie. Plusieurs fois, nous nous sommes dit, Sebastiaan et moi, que nous devrions faire une application vidéo, mais nous savons que ça impliquerait de tout repenser depuis le début. Nous n’avons simplement pas assez de temps, actuellement, et nous préférons ne rien faire que risquer de faire quelque chose de médiocre.

Halide

• Comptez-vous porter Halide sur iPad, ou utiliser l’Apple Watch ? Quels sont vos projets pour votre application ?

Utiliser l’Apple Watch et l’iPad est vraiment parmi nos souhaits, mais nous sommes très vigilant de ne pas proposer quelque chose de mal finalisé. Il y a un an, avant même la sortie de Halide, nous avons discuté du support de l’Apple Watch et de l’iPad. Mais, avant même de pouvoir y repenser, Apple a sorti son API de gestion de la profondeur de champ, et nous avons immédiatement su qu’il s’agissait pour nous d’une priorité. Les photographes avaient plus à gagner de ce mode profondeur de champ et portrait sur le iPhone que de pouvoir prendre des photos sur leur iPad.

Cela peut vous sembler étrange, mais nous sommes toujours très heureux d’améliorer les choses que nous avons déjà développé au sein de notre application. Quand nous ajoutons une nouvelle fonctionnalité à une partie de notre application, ça fait immanquablement apparaitre une autre partie de l’app incomplète. Par exemple, nous allons revoir notre mode de passage en revue des photos dans le visualiseur. Nous avons eu des idées assez malignes pour rapidement passer en revue les clichés, mais, dans la pratique, ça s’est avéré presque un peu trop malin. Si nous supprimons des choses qui ne fonctionnent pas tout à fait de manière optimale, peu importe combien nous aimons ces fonctionnalités, nous pouvons développer des fonctions encore plus efficaces en chemin. C’est la manière dont nous fonctionnons.

Arnaud joue du clavier comme d'autres du xylophone, mais le résultat demeure peu musical. Il conduit la rédac à la baguette et essaye d'éviter les fausses notes. Geek avec de la patine, il officie aussi dans la presse généraliste.

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