Le keynote du 25 mars, « It’s Show Time » demeurera l’un des plus étranges auquel nous ayons assisté. Si Apple a annoncé de nombreux nouveaux abonnements, dans le jeu vidéo, la vidéo et la presse, ainsi qu’une carte bancaire, la plupart ne seront lancés que plus tard dans l’année. À se demander pourquoi Apple a pris la peine d’organiser un keynote qui semble plutôt anticipé : Apple TV+ arrivera à l’automne aux USA et dans une centaine de pays (Apple TV Channels en mai), Apple Arcade suivra le même chemin mais sortira dans 150 pays, l’Apple Card arrivera cet été aux USA seulement. Seul Apple News+, l’abonnement presse magazine est immédiatement disponible, aux USA et au Canada (en français et en anglais).

Les services dévoilés, en outre, présentent des contours encore flous, et posent de nombreuses questions, que nous allons détailler.

Le partage familial & la vie privée

D’abord une constante, ou presque : pour chacun des nouveaux services, Apple autorise le partage familial : avec un abonnement à Apple News+, Apple Arcade, ou les Apple TV Channels, ce sont jusqu’à 6 membres d’une même famille qui peuvent accéder. De quoi donner du lustre à ces abonnements.

Autre élément clef, le respect de la vie privée, qu’Apple utilise de plus en plus comme élément marketing. Tous les services sur abonnement permettent un pistage des utilisateurs très fins, puisque par définition, l’opérateur est au courant de tout ce que vous « consommez ». Apple adopte une autre approche, en mettant en œuvre des algorithmes locaux d’apprentissage des machines pour faire des recommandations personnalisées. Ainsi, les données des utilisateurs ne sont envoyées nulle part en ligne, mais restent sagement sur l’appareil. Pour Apple News+, la Pomme a détaillé les modalités de fonctionnement : le service télécharge des groupes d’articles, et c’est au sein de ce groupe, et localement, qu’ils sont passés à la moulinette du machine learning pour s’adapter à vos envies et besoins.

Apple Arcade

Apple Arcade nous apparait le plus prometteur. Apple s’engage sur la voie de l’abonnement ludique, mais le fait à sa sauce, avec, suppose-t-on, une approche inspirée de celle de Nintendo quant à la qualité des jeux qui seront proposés. C’est la dimension sur laquelle Tim Cook et ses équipes ont le plus insisté : Apple Arcade proposera, en accès libre, y compris hors ligne, plus d’une centaine de jeux.

Apple Arcade, sur iPhone, iPad, Mac et Apple TV

Si les modalités de participation n’ont pas été précisée, Apple s’investit dans le processus de création des jeux, sans doute en finançant en partie les développements. L’idée est d’autoriser des titres plus ambitieux, et moins dépendant des mécanismes de monétisation usuels – hélas – que sont devenus les achats in-app conjugués à l’approche « free to play ». Avec l’abonnement, les revenus sont liés à l’intérêt du jeu, et celui-ci peut disposer d’une assise économique pour miser sur la qualité. De quoi faire d’Apple Arcade un service à part.

« Apple ne se contente pas de choisir avec soin les jeux d’Apple Arcade, mais contribue aux coûts de développement et collabore étroitement avec les créateurs pour donner naissance aux jeux. Conçus par certains des développeurs les plus reconnus au monde, les jeux Apple Arcade divertiront les abonnés avec un gameplay incroyablement fun et des scénarios immersifs, tout en captivant les imaginaires par l’originalité de leurs graphismes et de leur bande-son. Le service proposera des jeux Annapurna Interactive, Bossa Studios, Cartoon Network, Finji, Giant Squid, Klei Entertainment, Konami, LEGO, Mistwalker Corporation, SEGA, Snowman, ustwo et de dizaines d’autres éditeurs, précise Apple.

multiplateformes

Celui-ci fonctionnera sur toutes les plateformes Apple – iOS, Apple TV et Mac. Pour le Mac, voilà une bien bonne nouvelle ludique, qui pose la question de l’adaptation des titres au système. Comment Apple va-t-elle procéder ? En proposant un « portage automatique » vers macOS à l’aide de Marzipan ? Ou en exigeant une version Mac avant d’accepter les jeux sur son service ? La première option est de loin la plus vraisemblable.

Les premiers jeux dévoilés figurent dans le haut du panier de l’offre sur iOS : on y trouvera par exemple Oceanhorn 2: Knights of the Lost Realm de Cornfox & Bros. ou LEGO Brawls de Lego & Red Games.

The Pathless

d’Annapurna Interactive & Giant Squid nous mettra dans la peau d’un chasseresse pour une aventure en 3D qui semble fort excitante.

Globalement, le catalogue semble lorgner essentiellement du côté de la scène des développeurs indépendants. Logique, ils seront plus aisément bénéficiaire du système d’abonnement et ont tout à gagner à obtenir la visibilité qu’assurera le service. Cependant, quelques grands noms sont de la partie, notamment Sega, Konami, ustwo. À voir si les titres proposés seront exclusifs au service ou pas.

Le jeu pacifié

Apple proposera de limiter le temps de jeu des enfants, à l’aide de contrôles parentaux et de la fonction temps d’écran. Les jeux seront téléchargés – pas de streaming – ce qui en limitera la taille, les stockages des appareils iOS et des Apple TV n’étant pas illimités. Ils seront dépourvus de pub, et sans achat in-app. Enfin, les développeurs n’auront pas accès aux informations des utilisateurs : « aucune donnée n’est collectée », a assuré Apple.

Apple News+

« La presse magazine arrive sur Apple News et nous l’appelons Apple News+ », a clamé Tim Cook sur scène. L’offre presse d’Apple, proposée aux USA et au Canada, en français et en anglais dans ce cas, permet d’accéder à 300 magazines, avec un abonnement à 9,99 $/mois. En France, on peut toujours installer Apple News, en changeant de Région dans les Réglages Système > Général, mais l’app n’accède pas aux données.
Apple News+.

Pour ceux qui ont connu le lancement de l’iPad, cet Apple News+ fait bien penser à Newsstand, le premier kiosque à journaux proposé par Apple. L’approche est la même, avec une attention renforcée portée au design et aux recommandations intelligentes pour Apple News+. Là aussi, Apple mettra en jeu l’apprentissage des machines localement, sans que les choix de lecture ne soient partagés avec Apple et les éditeurs. Le service est accessible sur iOS et sur macOS.

L’éventail de magazines proposés est très large, mais les quotidiens sont peu nombreux.

On trouve, notamment, TIMES, le New Yorker, WIRED, National Geographic. Le quotidien mis en avant est le Los Angeles Times, le Ney York Times ayant décliné poliment. L’accès au Wall Street Journal, mis en avant par Apple, semble en retrait par rapport à l’accès réservé aux abonnés directs de la publication (qui paient nettement plus cher tous les mois) : « les abonnés Apple News+ accèdent à un ensemble d’articles d’intérêt général spécialement sélectionnés », explique un mémo interne du WSJ. Pour l’heure, les premiers retours laissent à penser que l’accès est très complet, au moins en passant par la fonction de recherche, mais il est encore tôt pour avoir des certitudes.

Apple n’a pas dit mot de l’arrivée du service en France, et considérant qu’Apple News, le service de base, lancé il y a plus de deux ans, n’est toujours pas proposé en France, il ne faudra sans doute pas attendre Apple News+ de sitôt. C’et un peu dommage : l’offre est attrayante pour un accès global et diversifié à la presse, et elle est ouverte pour tous les membres de la famille, jusqu’à 6 personnes.

Apple TV+, la chaine du bonheur ?

Apple continue de pousser son application Apple TV, qui sera disponible sur Mac à l’automne ainsi que sur Smart TV (Samsung, LG, Izio), et sur des box concurrentes (Roku et Amazon Fire TV). Elle a tenté de simplifier les abonnements à certains diffuseurs de contenus avec les « Apple News Channel » : « Les utilisateurs pourront s’abonner et regarder les nouvelles chaînes Apple TV — en payant uniquement pour les services qu’ils souhaitent avoir, tels que HBO, SHOWTIME et Starz — disponibles à la demande, en ligne et hors connexion, avec une qualité d’image et de son époustouflante. Au programme : événements sportifs, émissions d’actualité et réseau TV (câble ou satellite), ainsi que films et séries iTunes à acheter ou louer. Tout cela au sein de la nouvelle app Apple TV personnalisée », explique Apple.

Mais la grosse affaire était ailleurs, ce lundi 25 mars, avec les premiers pas d’Apple TV+, l’offre de contenus produits par Apple. Le keynote a été l’occasion d’un défilé de stars du petit ou du grand écran écran, venus présenter leurs prochaines séries, ou émission. Et s’il était plaisant de les voir défiler, et faire de l’humour, ils n’ont pas dissipé les doutes que l’on peut légitimement nourrir quant aux ambitions d’Apple.

Oprah Winfrey proposera deux documentaires « inspirants » sur Apple TV+

À écouter les intervenants, Apple TV+ sera « la chaine du bonheur », où l’on diffusera des contenus « inspirants », « positifs », « familiaux » ainsi qu’à destination des enfants. Apple, qu’on dit très impliquée dans le processus de création des séries, ne risque-t-elle pas de transformer celles-ci en bluettes insipides ? Apple aurait-elle, par exemple, produit Game Of Thrones, malgré sa violence et sa mise en avant du sexe ? On peut en douter. Si l’on peut sans trop de difficulté survivre au puritanisme quand il se contente d’apposer des stickers « Explicit » sur des morceaux de musique, ou de tronquer les textes en autant de sht, btch que nécessaire, il en va autrement en matière de films et séries, ou de littérature.

Outre cet aspect, Apple n’a donné aucun détail concernant le tarif d’accès à son catalogue naissant. Celui-ci sera pourtant essentiel à l’heure du choix.

Apple Card

La plus grosse surprise du keynote a été l’Apple Card. Celle-ci n’arrivera que cet été, et seulement aux USA. Pas un mot n’a été dit sur le calendrier d’extension international. L’Apple Card est une carte de crédit virtuelle et physique, élaborée en partenariat avec les sulfureux banquiers de Goldman Sachs, qui se range dans l’application Wallet, comme une autre carte bancaire.

Tout n’est pas encore dévoilé concernant son fonctionnement mais on sait qu’elle permettra de payer en boutique, et en ligne, et qu’elle bénéficiera d’un ambitieux programme de « cashback ». Lors d’un achat réglé avec Apple Pay, 2% du montant de l’achat sera crédité sur le compte. Ce montant passe à 3 % quant l’achat est réalisé directement chez Apple (Mac, iPhone, applications, livres etc…), et à 1 % chez un vendeur tiers, et sans utiliser Apple Pay. « L’argent reversé est immédiatement disponible », a précisé Apple.

L’offre parait innovante : sans frais de carte, ni d’intervention. Les dépenses sont automatiquement ventilées sur les différents postes budgétaires (nourriture, loisir etc…), associées à un code couleur, et rapportées de manière compréhensible : le lieu d’achat et le nom de la boutique figureront en clair sur la liste des opérations. Le Wallet devient un portefeuille intelligent, qui aide à gérer son budget.

L’Apple Card permettra aussi de bénéficier d’une assistance par chat directement, aussi bien pour obtenir des précisions que pour, par exemple, avertir d’un changement d’adresse.

Si l’Apple Card est annoncée comme gratuite, il faudra réfléchir à deux fois avant d’utiliser ses possibilités de crédit. Apple précise que, dans ce cas, « le taux d’intérêt sera calculé selon la « solvabilité » de l’emprunteur et variera entre 13,24% et 24,24%, taux d’intérêt de mars 2019 ». Une fourchette de taux élevés.

Toujours sur le sujet des paiements, Apple a aussi annoncé qu’Apple Pay pourrait bientôt être largement utilisé dans les transports en communs américains, cette possibilité débutant dans quelques villes mais devant s’étendre à tout le pays à terme. Et au delà ?

Arnaud joue du clavier comme d'autres du xylophone, mais le résultat demeure peu musical. Il conduit la rédac à la baguette et essaye d'éviter les fausses notes. Geek avec de la patine, il officie aussi dans la presse généraliste.

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