L’annonce surprise, hier soir, du départ, dans l’année de Jony Ive, le « Chief Design Architect » d’Apple, ouvre une nouvelle période au sein de l’entreprise. Car, malgré les annonces, il parait bien peu plausible que Jony Ive continue bien à travailler pour Apple, au sein du bureau de design indépendant qu’il dirigera. Apple étant Apple, à savoir une entreprise fonctionnant dans un secret relatif mais entretenu, il semble bien peu plausible qu’un outsider puisse être dans le secret des dieux – un nouveau design pour un produit non annoncé – sans être au cœur du donut de Cupertino. Et en la matière, on imagine sans mal que l’époque Eric Schmidt a laissé des traces.

Johy Ive est dehors

Souvenez-vous, le boss de Google était membre du Conseil d’Administration d’Apple, ce qui lui a permis d’obtenir des informations de première main sur l’iPhone et son logiciel système, que Google, son vrai employeur, a rapidement intégrés lors de la gestation d’Android. En clair, c’est sans doute en partie du fait de la présence d’un « étranger » au sein du Conseil qu’Apple affronte depuis lors la féroce, et salutaire, concurrence de Google. Il y a fort à parier que Jony Ive perdra l’accès aux secrets de l’entreprise.

À notre sens, l’annonce qu’Apple sera un client de l’entreprise de design de Ive est essentiellement une annonce à destination de la presse, pour limiter l’impact de l’annonce de son départ. Jony Ive va partir, et c’est sans doute pour de bon.

Un désintérêt croissant pour le design produit chez Ive

L’époque qui prend fin avec le départ du Chief Design Architect est celle d’Apple post-Steve Jobs, dont c’est l’ultime étape après le départ traumatisant du concepteur d’iOS, Scott Forstall, sanctionné pour avoir refusé d’assumer les échecs du logiciel de cartographique d’Apple, Plans. Auparavant, l’équipe qui révolutionnera Apple, et le monde, en lançant l’iPhone avait déjà perdu d’autres personnages clefs : Toni Fadell lancera Nest, racheté par Google, Andy Rubin inventera Android avec de tenter l’expérience Essential

Le gros de l’équipe de direction d’Apple de l’époque iPhone. Seuls restent Phil Schiller (gauche) et Eddy Cue (droite). Tony Fadell, John Ive et Scott forstall ont quitté l’entreprise, Steve Jobs est mort

Au fil du temps, Jony Ive avait cumulé de nombreuses fonctions chez Apple : du design produit, il avait étendu ses compétences au design logiciel, prenant le contrôle de l’interface avant la sortie d’iOS 7. Avec un succès que l’on peut sans trop hésiter qualifier de mitigé : l’épure que le designer déploie en matière de conception produit a nettement moins bien fonctionné avec le logiciel, et pas seulement sur le plan graphique.

En outre, Ive, célèbre pour son obsession de la finesse, est sans doute partiellement responsable des défauts qui affectent aujourd’hui la gamme d’ordinateurs portales, notamment le fameux clavier papillon, qu’Apple s’obstine à tenter d’améliorer, alors qu’il serait sans doute bien souhaitable de le réinventer. La finesse, ça ne fait pas tout surtout quand sa recherche obsessionnelle abouti à de malheureuses décisions de design. Ou le Mac Pro urne, retentissant échec. Évidemment, le bilan de la présence de Jony Ive est remarquable, et, ayant régné sur le design d’Apple depuis près de 20 ans, il est plus que normal d’enregistrer des échecs relatifs sur une telle période.

Les rares rumeurs venant de Cupertino concernant son staff faisaient état d’une certaine lassitude du Chief Design Architect, qui s’est surtout passionné pour la conception de l’Apple Park. Mais, comme le remarque justement John Grubber, Apple n’a besoin d’un architecte pour son siège qu’une fois par quart de siècle, alors qu’elle a besoin d’un designer produit totalement concentré et disponible.

L’équipe de Design, formée, mais sans tête

Durant sa présence chez Apple, Jony Ive a assemblé une équipe de design d’une petite trentaine de membres, qui travaillent dans une très grande autonomie vis à vis des autres services d’Apple. Longtemps, elle a été d’une remarquable stabilité mais ces derniers mois, trois départs importants ont été enregistrés, ceux de Rico Zorkendorfer, Daniele De Iuliis et Julian Hönig.

Rare cliché de l’équipe du design industriel chez Apple

Qualifiée de « toute puissante » au sein de Cupertino, l’équipe de design se retrouve pourtant aujourd’hui sans chef, et c’est certainement le plus intrigant derrière le départ de Johny Ive. Derrière Ive, l’équipe de design s’organisait autour de 2 personnages essentiels, Evans Hankey, vice-président du design industriel, et Alan Dye, vice-président de la conception de l’interface utilisateur. Aucun des deux ne monte en grade pour rependre la place de Ive. Au contraire, ils relèveront de la compétence de Jeff Williams, directeur des opérations d’Apple, qui n’a a priori pas grand chose à voir avec le design.

Est-ce là le signe que le design perd de son importance chez Apple ? Ou est-ce une façon, temporaire, de montrer que Johny Ive n’est pas remplacé, ni remplaçable ?

Arnaud joue du clavier comme d'autres du xylophone, mais le résultat demeure peu musical. Il conduit la rédac à la baguette et essaye d'éviter les fausses notes. Geek avec de la patine, il officie aussi dans la presse généraliste.

2 COMMENTAIRES

  1. En vérité, on devait s’y attendre. J’ai lu récemment que Ive déplorait l’orientation operation>design que prenait Apple. Mais ça, on l’a tous remarqué.
    Il faut espérer maintenant que le départ du gourou renfrogné permettra aux nouveaux talents de se libérer et que le design reprendra sa place…

À vous la parole !

Fermer
*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.