C’est un exercice doublement difficile auquel s’est livré le patron d’Apple, Tim Cook, devant les lauréats 2019 de l’université californienne de Stanford : faire un discours marquant, et savoir que celui-ci serait confronté à celui, ô combien célèbre, que Steve Jobs a fait au même endroit, 14 ans plus tôt. Avec son style, moins percutant, Tim Cook est parvenu à faire entendre sa musique, à base d’importance de la vie privée, et autour de l’impératif de transmission. Un speech en phase avec l’époque en somme.

Stanford : la vie privé et liberté d’être humain.

« Que vous le vouliez ou non, ce que vous construisez définit qui vous êtes. Si vous construisez une usine chaotique, vous ne pourrez pas nier toute responsabilité pour le chaos. Il y a peu de domaines où cela est plus important que la vie privée. Si nous acceptons comme normal et inévitable que tout (NDR : ce qui concerne les êtres humains) puisse être agrégé, vendu ou même divulgué en cas de piratage, nous perdons tellement plus que des données. Nous perdons la liberté d’être humain.

Dans un monde sans confidentialité numérique, même si vous n’avez rien fait de mal sinon penser autrement, vous commencez à vous censurer. Votre génération devrait avoir la même liberté de modeler l’avenir que la génération précédente. Les diplômés, à tout le moins, tirent les leçons de ces erreurs. Si vous voulez prendre du crédit, commencez par apprendre à assumer vos responsabilités », a estimé Tim Cook.

Soyez des bâtisseurs, restez différents

Tim Cook est aussi longuement revenu sur son apprentissage de la liberté, en tant que personne homosexuelle, et ce q’il doit, en ce sens, aux révoltés de Stonewall : en 1969, un contrôle de police dégénère au Stonewall Inn, lieu célèbre pour accueillir les minorités sexuelles, globalement réprimées aux USA à cette époque. Les émeutes qui s’ensuivent sont considérées comme un des éléments fondateurs de la lutte des homosexuels et trans pour leur liberté.

« Quoi que vous fassiez de votre vie, soyez un bâtisseur. Il n’est pas nécessaire de partir de zéro pour construire quelque chose de monumental. Et inversement, les meilleurs fondateurs, ceux dont les créations durent et dont la notoriété grandit plutôt que se rétrécit avec le temps, passent la plupart de leur temps à construire, pièce par pièce. Les constructeurs sont convaincus qu’un jour, leur travail sera plus important qu’eux. Plus important que n’importe quelle personne. Ils sont conscients que leurs effets s’étendront sur plusieurs générations. Ce n’est pas un accident, et d’une certaine manière, c’est tout le problème.

Dans quelques jours, nous marquerons le 50e anniversaire des émeutes de Stonewall. Lorsque les clients de l’auberge Stonewall Inn sont arrivés cette nuit-là, les gens de toutes les races, gais et transgenres, jeunes et vieux, n’avaient aucune idée de ce que l’histoire leur réservait. Il aurait semblé stupide de le rêver. C’était juste un autre exemple du monde qui leur disait qu’ils ne devraient pas se sentir dignes d’être différents. Mais le groupe réuni a ressenti quelque chose de fort en eux. Une conviction qu’ils méritaient quelque chose de mieux que l’ombre et mieux que l’oubli. Et si cela n’allait pas être donné, ils allaient devoir le construire eux-mêmes.

J’avais 8 ans et j’étais à des milliers de miles de distance quand Stonewall est arrivé. Il n’y avait aucune alerte de nouvelles, aucun moyen pour les photos de devenir virales, aucun mécanisme pour un enfant de la côte est d’entendre ces héros improbables raconter leurs histoires. Greenwich Village pourrait bien avoir été une planète différente; bien que je puisse vous dire que les insultes et la haine étaient les mêmes. Ce dont je ne me suis longtemps pas rendu compte, c’était ce que je devais à un groupe de personnes qui vivaient dans un endroit où je n’étais jamais allé. Je ne cesserai jamais d’être reconnaissant pour ce qu’ils ont eu le courage de construire.

Le corollaire au discours de Steve Jobs

« Cela m’amène à mon dernier conseil. Il y a 14 ans, Steve était sur cette scène et a dit à vos prédécesseurs: «votre temps est limité, alors ne perdez pas votre temps à vivre la vie de quelqu’un d’autre». Voici mon corollaire: vos enseignants peuvent vous préparer, mais ils ne peuvent pas vous rendre prêt« .

« Quand Steve est tombé malade, je pensais fermement qu’il guérirait. Non seulement je pensais qu’il tiendrait le coup, mais j’étais persuadé qu’il guiderait encore Apple longtemps après mon départ.

Puis un jour, il m’a appelé chez lui pour me dire que ce ne serait pas comme ça. Même alors, j’étais convaincu qu’il resterait en tant que président. Qu’il se retirerait du quotidien, mais resterait toujours présent. Mais il n’y avait aucune raison de le croire. Je n’aurais jamais dû le penser. Les faits étaient tous là. Et quand il est parti, vraiment parti, j’ai appris la vraie différence viscérale entre se préparer et être prêt. C’était la solitude la plus profonde que j’ai jamais connue dans ma vie.

C’est l’un de ces moments où vous pouvez être entouré de gens, mais vous ne pouvez pas vraiment les voir, les entendre, les ressentir. Mais je pouvais sentir leurs attentes. Quand la poussière s’est dissipée, tout ce que je savais, c’est que je devais être la meilleure version de moi-même que je pouvais être. Je savais que si vous vous leviez chaque matin et régliez votre montre en fonction de ce que les autres attendent ou exigent, cela vous rendrait fou. Donc, ce qui était vrai alors est vrai maintenant. Ne perdez pas votre temps à vivre la vie de quelqu’un d’autre. Cela demande trop d’effort mental; effort qui devrait être consacré à la création ou la construction ».

Diplômés, le fait est que, lorsque votre temps sera venu, vous ne serez jamais prêt. Mais vous n’êtes pas censé l’être. Trouvez l’espoir dans l’inattendu. Trouvez le courage dans le défi. Trouvez votre vision sur votre route solitaire. Ne soyez pas distrait. Il y a trop de gens qui veulent un crédit sans responsabilité. Trop nombreux sont ceux qui se présentent à la coupe du ruban sans rien construire d’autre.

Soyez différent, laissez quelque chose de valable et rappelez-vous toujours que vous ne pouvez pas l’emporter avec vous. Vous allez devoir le transmettre.

Arnaud joue du clavier comme d'autres du xylophone, mais le résultat demeure peu musical. Il conduit la rédac à la baguette et essaye d'éviter les fausses notes. Geek avec de la patine, il officie aussi dans la presse généraliste.

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