Une nouvelle action en justice vise Facebook, intentée par une douzaine de modérateurs qui ont a affronter les pires contenus de l’internet, et se plaignent des dégâts psychologiques qu’il subissent, et du manque de prise en charge de ceux-ci. Facebook, qui est déjà poursuivi aux USA par deux de ses contractants sur le sujet risque gros avec cette nouvelle action en justice, intentée en Irlande.

« Deux semaines de violence avant la pornographie infantile »

Le cas de Sean Burke, un « vétéran » de l’industrie informatique, qui a travaillé pour Cisco et SAP, est à cet égard édifiant. Il raconte : « pour mon premier jour de travail, j’ai du regarder quelqu’un être battu à mort avec une planche de bois cloutée, avec laquelle il a été poignardé de manière répétée. Lors de ma seconde journée de travail, j’ai été confronté pour la première fois à des vidéos de relations sexuelles avec des animaux, et à partir de là tout est allé de Charybde et Scylla. Il n’a fallu que deux semaines avant que je sois confronté à de la pornographie infantile », explique-t-il à Vice.

L’homme, né dans le New-Jersey, ne travaille pas directement pour Facebook mais pour un sous-traitant, CPL, dont une douzaine d’employés ont initié une procédure judiciaire contre Facebook devant la haute cour de justice irlandaise pour obtenir réparation de leur traumatisme psychologique. « J’ai du me mettre sous anti-dépresseurs pour affronter ce boulot. À un moment, je réglais mes problèmes avec de l’alcool pour m’endormir. Parce que au moins je ne rêvais pas en dormant après avoir bu », précise-t-il.

Parmi les plaignants se trouve un employé de Facebook bénéficiant d’un haut niveau de revenu. Car l’argent n’est pas le problème, même si la plupart des 15000 modérateurs sont payés à peine au dessus du salaire minimum.

Quantifier les horreurs

L’un des enjeux du procès est la divulgation du contenu horrible auquel sont confrontés ces employés ou ces sous-traitants. Facebook se refuse à divulguer ses données, mais n’aura peut-être pas le choix avec cette procédure irlandaise.

Même les internautes avertis, qui pensent avoir tout vu des horreurs de l’internet, peuvent sombrer dans la dépression. Daniel Valdermasson, qui a travaillé 14 mois pour CPL, se décrit comme tel. « J’ai grandi avec l’internet, j’avais l’impression d’avoir tout vu, y compris des vidéo de décapitation », explique-t-il. « Pour la plupart des gens avec qui j’ai discuté, le problème n’est même pas de voir un adulte se faire décapiter, c’est de voir le viol d’un bébé de 6 mois ».

CPL a bien tenté d’améliorer la prise en charge psychologique de ses employés, en leur concédant 45 minutes avec un psychologue par semaine. Le problème est que les objectifs quantitatifs et qualitatifs qui sont fixés aux employés rendent presque impossible le recours à ce psychologue.

Éboueurs chez et pour Facebook, ce n’est pas une sinécure.

AUCUN COMMENTAIRE

À vous la parole !

Fermer
*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.