Il est assez rare que le monde de la technologie s’implique, en tant que tel, dans une lutte politique. C’est pourtant ce que vient de faire onestla.tech, une groupe d’un millier d’acteurs du monde numérique qui s’oppose à la réforme du régime de retraite que tente de mettre en place le gouvernement français. Plus largement, ces mêmes acteurs revendiquent d’utiliser les gains productifs apportés par le numérique pour libérer du temps pour les humains, et réduire ainsi le temps de travail. Car si l’impact du numérique sur l’emploi n’est pas une réalité univoque, il est difficile de contester qu’il a pu être destructeur, notamment d’emplois ouvriers, la main d’œuvre humaine étant remplacée par des automates, et que ce phénomène risque fort de s’amplifier notamment avec le développement de l’intelligence artificielle, capable de suppléer les humains dans un nombre de domaines croissants.

« L’automatisation au service de l’humanité »

« L’automatisation peut et doit servir l’humanité. Elle permettrait de travailler moins, de partir en retraite plus tôt, et dans d’excellentes conditions de vie, de dégager à tous du temps libre pour étudier, expérimenter, pratiquer les sports, les arts, passer du temps en famille ou entre amis ; de vivre », estiment les signataires de cet appel

Et cette réalité du XXe siècle – l’impact du numérique sur l’emploi – risque de considérablement s’amplifier au XXIe, du fait de la généralisation d’approches basées sur l’intelligence artificielle qui sait, sur des domaines très spécialisés, faire mieux et plus vite que les meilleurs experts humains. Aujourd’hui, pour illustrer notre propos, on peut être assuré qu’un algorithme d’intelligence artificielle saura mieux déterminer la nature d’un grain de beauté sur la peau lors d’un examen cutané qu’un médecin spécialiste. Il a ingéré plus de données pour nourrir son modèle qu’aucun spécialiste ne pourra en « digérer » dans son existence entière. Et cet exemple peut être décliné à l’infini : toute tâche humaine, ou presque, peut être supplée, voire remplacée par des algorithmes d’IA pour peu qu’elle soit spécialisée. Et n’imaginez pas qu’il ne s’agit que d’emplois faiblement qualifiés, ce n’est pas le cas. l’IA ne remplacera pas un avocat, un médecin, un journaliste ou autre, mais elle pourra, et peut souvent déjà, analyser, trier, catégoriser des données utilisées par ces professions. En d’autres termes, là où il faut aujourd’hui dix avocats, il n’en faudra que deux demain.

Aujourd’hui et demain, un nombre très significatif des tâches assurée aujourd’hui par des humains le seront par des algorithmes. Imaginer que l’emploi se déportera, magiquement, sur de nouveaux secteurs, comme par exemple les « emplois verts » est vraisemblablement très optimiste, voire illusoire. Imaginer le futur, c’est, selon les signataires, inventer un système fondé sur de nouveaux paradigmes, où l’efficacité et la rentabilité économique ne sont pas les uniques valeurs cardinales.

Le numérique pour libérer, et pas pour asservir

Les signataires déplorent que le numérique soit, aujourd’hui, un moyen de d’optimisation et de contrôle des humains. « L’automatisation doit être mise à profit pour redonner du sens au travail, pour permettre de travailler mieux, et moins. À l’opposé de la standardisation du travail qui impose aux humains de s’adapter au rythme infernal des machines (courses Uber, livraisons Deliveroo, chargement des camions dans les entrepôts Amazon et autres tournées de distribution de colis guidées par des algorithmes), l’automatisation doit servir à le réhumaniser, à permettre aux travailleuses et aux travailleurs de regagner en autonomie, en initiative et en maîtrise de leur outil de production. En tant que conceptrices et concepteurs de ces programmes, de ces algorithmes, notre responsabilité est de veiller à ce que nos créations servent à aider, à libérer. De refuser de produire des outils conçus pour exploiter, asservir, réprimer ou polluer ».

Si ces questions vous intéressent, la pétition est consultable en ligne, tandis qu’il est possible de joindre les signataires de cet appel pour peu que vous disposiez ou ouvriez un compte Github.

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