Hier, SmileSoftware a annoncé le passage au modèle d’abonnement obligatoire pour son génial TextExpander. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la nouvelle a été fraîchement accueillie sur les réseaux sociaux. Pas d’alternative : payez ou dégagez. Le cas n’est pas unique, loin de là, au point de faire des abonnements logiciels une véritable plaie.

Comment en est-on arrivés là ?

App stores, la révolution logicielle

L’avènement des app stores, catalysé par Apple dès le premier iPhone avant d’être étendu aux Mac et suivi par Google, Microsoft et consorts, a provoqué une petite révolution dans la manière de vendre les logiciels.

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Les logiciels à portée de main

Grâce aux app stores, de nombreux développeurs indépendants sont sortis du bois pendant que d’autres découvraient tout simplement les joies du développement et de la vente d’applications dématérialisées en masse.
Pendant ce temps, les clients avaient enfin au bout du doigt la meilleure solution pour trouver les logiciels répondant à leurs besoins. Fini la chasse aux boîtes parfois absentes des magasins, la traque au “shareware” / “freeware” des CD-ROM de magazines ou l’achat fébrile au coin d’un site Internet parfois douteux.

Un panier moyen en baisse

Le plus gros changement qu’a apporté la distribution au travers de boutiques d’applications se trouve du côté des tarifs. Cette nouvelle concurrence affûtée par une place de marché où tout le monde peut poser sa serviette et profiter du soleil, a eu pour effet de fortement faire baisser le panier moyen des achats logiciels.

La qualité des logiciels n’a pas pour autant baissé, mais cette méthode de vente permettant de toucher plus de monde et de confronter les meilleurs développeurs, les a engagés à se battre autant sur le terrain de la fonctionnalité que du tarif.

Même les éditeurs historiques, tels que Microsoft, s’ils sont toujours majoritairement absents des échoppes logicielles, ont revu leur politique tarifaire, préférant vendre moins cher pour vendre plus. D’aucuns diront que la baisse des prix chez Microsoft n’est qu’un effet de suite pour courir après Apple qui, le premier, a drastiquement revu le prix d’OS X (passant au fil des années de 129 € à 29€ avant de ne plus rien demander à ses clients), mais c’était surtout le moyen de se financer durablement grâce au Windows Store.

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Achats intégrés : un virus pour combattre la maladie

Les app stores sont encore jeunes et de nombreux défauts subsistent, qui font à la fois râler développeurs et utilisateurs. Les premiers n’ont pas de véritable moyen de vendre les mises à jour de leurs applications tandis que les second n’ont, la plupart du temps, aucun moyen d’essayer avant d’acheter.

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L’introduction des achats intégrés au sein des applications, permettant au choix de débloquer tout ou partie de l’application ou d’optimiser son fonctionnement (notamment dans les jeux où les micro-paiements accélèrent la progression), est une solution intéressante pour répondre partiellement aux contraintes des app stores.

Il faut rester conscient que le développeur doit se payer, payer les services complémentaires qu’il fournit (synchronisation, traitement de données, etc), financer son marketing, etc. Ce qu’il ne peut faire en vendant son application une fois pour toutes à un client et en lui délivrant ad-vitam des mises à jour gratuites. Les achats intégrés peuvent ainsi renforcer le panier moyen et compléter les revenus des développeurs.

Tu t’es vu quand il y a trop d’abus ?

Les achats intégrés ont rapidement fait émerger de nouveaux modèles économiques (“freemium”, le “free to play”) qui sont apparus aux yeux de certains comme LA solution pour faire raquer durablement le client.

Identifiés comme une super manne financière, les éditeurs (de jeux notamment) n’ont pas tardé à en user et à en abuser.
Au début, il fallait payer pour débloquer des niveaux complémentaires. Puis il a fallu payer pour que les niveaux se débloquent plus rapidement, passer à la caisse pour avoir des vies supplémentaires, etc.

Pendant que les éditeurs de jeux deviennent riches à millions, les développeurs d’applications risquent de payer l’addition : les clients deviennent plus réticents face à la mention “Inclut des achats intégrés” et Apple et les autres encaissent en se disant que ça fonctionne.

Apple serait en train de travailler sur ces questions mais c’est un long chemin de croix qui impatiente fortement les développeurs, sans compter les cailloux dans la chaussure que sont les contraintes techniques et éditoriales, qui poussent des éditeurs à claquer la porte de la boutique.

Cette politique, souvent détestable parce qu’employée de manière abusive, a malheureusement encore de beaux jours devant elle tant qu’une majorité de clients continuera à consommer du contenu additionnel payant sans ciller.

À la recherche du top modèle (économique)

En l’absence de réponse pratique de la part des app stores, les développeurs essaient par tous moyens de composer avec ces règles et testent différentes stratégies :
– application au prix sans concession,
– version gratuite limitée et version payante plus complète,
– achats intégrés uniques pour débloquer des fonctionnalités,
– achats intégrés de déblocage à durée limitée…

Quel que soit le mode de financement, il leur faut trouver la formule magique pour que le client (re)paie régulièrement, comme à l’époque des “versions boîte”.

Abonnement logiciel : la location sans option d’achat

En mal de modèle économique, la nouvelle mode de l’abonnement largement initiée par Adobe avec son Creative Cloud, semble être le Saint Graal de quelques éditeurs dont les rangs grossissent de jour en jour.

Fini l’achat unique à plusieurs centaines d’euros pour la suite Adobe, fini l’achat de plusieurs licences d’Office, abonnez-vous et vous aurez accès “à tout”. Si vous arrêtez de payer, éteignez l’ordinateur car vos applications ne servent plus à rien, quelle que soit la somme versée à l’éditeur jusqu’alors.

C’est sur cette voie que s’est engagé hier SmileSoftware en annonçant à ses clients que désormais, s’ils veulent profiter de l’application TextExpander ils doivent s’abonner (moyennant 48$ par an minimum). L’opération est bien ficelée : l’éditeur ne passe par l’App Store que pour fournir son application, l’abonnement s’achète chez lui. Sans compter que, comparé aux pratiques d’éditeurs comme AgileBits pour 1Password, la plus-value qui justifie de s’abonner est quasi-nulle.

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Quel que soit le logiciel concerné, l’abonnement peut être une bonne solution pour les gros utilisateurs qui sortaient le chéquier pour bénéficier de toute dernière mise à jour. Pour les autres, c’est une pilule difficile à avaler : impossible de faire l’impasse sur une mise à jour, de payer quand on le souhaite (ou le peut !) pour rattraper son train de retard.

Cette forme de location à certes ses avantages, comme chez Adobe où l’abonnement au Creative Cloud donne accès à tous les logiciels de la collection autrefois répartis entre différents packs, mais apparaît comme une forme de racket pour une majorité de clients.

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Fini la liberté de se mettre à la page en fonction des besoins et des moyens, il faut payer régulièrement et alourdir ses frais récurrents. Le plus écoeurant dans ce modèle économique, c’est l’absence d’alternative à l’abonnement. Microsoft, est encore un des rares à proposer les deux options d’achat : version “boîte” ou abonnement à Office 365.

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SmileSoftware et Adobe jouent de leur avantage d’être “seuls sur le marché” pour forcer la main à leurs fidèles clients. Le premier bénéficie d’une forte intégration sous iOS dont ne bénéficie aucun concurrent et le second reste omniprésent dans la chaîne de création, sans concurrence crédible qui puisse risquer de mettre à mal son modèle économique. Cela sera-t-il suffisant à long terme pour conserver les clients et en conquérir de nouveaux ?

Apparemment pour TextExpander, c’est mal parti…
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Forfait mobile, Apple Music (ou Spotify), Netflix (ou CanalPlay), Adobe, Microsoft, la liste des services par abonnement n’a pas fini d’allonger la facture mensuelle liée à l’économie numérique…

Avec le choix de la formule d’abonnement, les développeurs s’engagent sur une pente glissante, poussés par l’immobilisme d’Apple et des autres app stores et c’est le client qui en fait les frais.

Cette critique à l’encontre de certaines mauvaises pratiques dans le domaine ne doit pas masquer le cruel besoin de financement de tous les développeurs. Il faut envisager de nouveaux « business models », mais pourquoi diable en passer par des solutions radicales éliminant les petites contributions potentielles de clients « classiques » ?

Petit à petit les app stores, devenus en quelques années “l’Eldorado du logiciel” voient leur image se ternir de tous points de vue, et à force de tirer sur la bourse des clients, le risque de décourager la poule aux œufs d’or est bien réel.

13 COMMENTAIRES

  1. Entièrement d’accord ! Le système d’abonnement me fait fuir !!! Autant le « freemium » me gêne (mais passer à la caisse de temps en temps pour une fonction vraiment intéressante ne me dérange pas réellement), autant l’abonnement me file la gerbe. Ok pour les entreprises, mais pas pour les particuliers. Pour une fois, chapeau Microsoft de proposer les deux options !!!

  2. Il y a un grand nombre d’app pour lesquelles j’étais prêt à payer une fois, et qui vont dégager si le système d’abonnement se généralise. Je ne suis pas sûr que ce système d’abonnement sera pérenne. Il suffit de voir comment les journaux galèrent en numérique avec leur système d’abonnement…

  3. Je suis d’accord ! Les abonnements ça devient une plaie ! Autant pour la musique et les films (série aussi) je peux comprendre…  
    Ça ne me dérange pas de payer mes apps plus chers, et de payer les MaJ quand il le faut ! Mais la généralisation des abos, je trouve que ça devient du racket !

  4. Le souci c’est l’équilibre.
    Apple impose plus ou moins des mises à jour importantes de compatibilité à chaque nouveau système (pour OS X), du coup c’est compliqué de proposer des mises à jour gratuites (logique de l’AppStore).
    La solution de l’abonnement permet d’accéder aux mises à jour permanentes, mais pour l’exemple d’Adobe, même et surtout en milieu pro ca grogne !

    • Ce qui m’a totalement hérissé, ce sont les courriels pour me pousser à basculer vers la dernière version de FrameMaker …sous Windows alors que j’ai cessé depuis plus de dix ans de l’utiliser, faute de mise à jour …sur Mac. J’ai viré toutes les apps Adobe sous iOS (de plus, elles réclament toutes une login via Adobe CC) et n’ai qu’une version de la CS6 sur notre antique Mac.

      Bref, d’aucuns oublient également la situation économique des graphistes et indépendants qui est de plus en plus sur le fil du rasoir.

  5. En ce qui me concerne, il n’est pas question que je m’abonne à des logiciels.
    Déjà que films et musiques je fais l’impasse. Je n’ai jamais eu canal + à cause de ça, ni aucune autre chaine. Idem pour la presse. A une époque j’achetais chaque mois les Gen4, Joystick, etc, mais jamais via abonnement.
    J’ai arrêté mon abonnement FranceTelecom dès que j’ai pu être en dégroupage total.

    Je me coltine encore mon abonnement EDF et GDF, mais c’est tout.
    Je suis tellement anti-abonnement que ca me dresse les poils.

    Alors, les logiciels, non… je préfère encore m’en passer tant pis

  6. L’achat d’une boite n’a JAMAIS permis l’acquisition du logiciel mais de sa licence d’utilisation. Ce cancer perdure depuis 35, 40 ? ans ?
    Alors oui, là, tout de suite, maintenant il a métastasé.
    J’ai un traitement. Adobe => terminé. In Design ? poubelle ! Lightroom ? poubelle !
    TextExpander: je m’en fous.
    Microsoft ? aucun logiciel de chez eux depuis toujours.
    On peut – encore – s’arranger.
    Comme Urbanbike, j’ai ressorti du papier et des crayons … sans oublier la gomme.
    Au fait, soyez prêts. Un jour, l’utilisation de votre Mac/PC/Tablette/Smartphone se fera sur 2 abonnements
    – l’utilisation hard
    – l’utilisation de l’OS
    Vous rigolez ? Patience.

    • La licence d’utilisation n’est en aucun cas une « maladie du logiciel », c’est le concept depuis le départ et il est bien suffisant. L’achat unique (ou multiple par le biais des mises à jour), malgré la licence, ne signifie pas engagement ni arrêt de fonctionnement si je ne paie pas. Nombre de logiciels tournent encore longtemps sans être mis à jour. Mais il reste la possibilité d’acheter une nouvelle version, sans beaucoup plus d’engagement.

      L’abonnement peut s’avérer une solution rentable dans certains cas précis mais pour le consommateur lambda, c’est une c….ie. J’entends bien qu’il faille financer les développeurs, mais l’idée de forcer la main est tout ce qu’il y a de plus détestable et ceux qui suivent cette voie exclusive pourraient s’en mordre les touches de clavier dans pas tard.

À vous la parole !

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