Au fil des générations, l’iPad a connu une cure d’amincissement, puis une taille réduite (iPad mini), afin de répondre à la demande des tablettes miniatures qui faisaient les beaux jours d’Android. Depuis le 11 novembre dernier, Apple a donné vie à l’iPad Pro, sa nouvelle tablette au format XXL.

Mais, à l’opposé des tablettes Surface qui embarquent un Windows complet, Apple a fait le choix de s’en tenir à iOS et à son App Store, encore trop peu fourni en applications professionnelles. Cela suffira-t-il à en faire une tablette productive qui donne un coup de vieux aux MacBook ?

Après 3 mois d’utilisation de l’iPad Pro dans un contexte professionnel, voici quelques éléments de réponse.

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Le Retina que le MacBook Air n’a pas

Dès que les premières rumeurs de « grand iPad » ont fait surface, j’ai commencé à regarder mon iPad Air 2 sous l’angle du remplaçant à mon MacBook Air vieillissant.

À vrai dire, entre formations en salle et consulting / développement au bureau, le MacBook Air n’était déjà plus qu’une machine d’appoint pour écrire dans le TGV, intervenir sur un bout de code entre deux rendez-vous, expédier quelques retouches urgentes et répondre à mes emails.

Mi-septembre, à l’annonce de l’iPad Pro, j’avais déjà largement entamé la transition d’OS X vers iOS pour les phases de mobilité. Les nouveautés d’iOS 9 concernant le multitâche ont eu tôt fait de me convaincre que l’iPad Pro pourrait véritablement devenir un outil de travail à part entière. À réception, plutôt que de restaurer la sauvegarde de mon iPad Air 2, j’ai préféré partir de zéro, considérer l’iPad Pro comme une nouvelle machine et n’y installer que des applications optimisées ou, à tout le moins, indispensables.

Claviers pour iPad Pro, pas touche

Les premiers jours, il m’a fallu m’habituer à la « nouvelle » disposition du clavier : identique à celle d’un clavier traditionnel, celle-ci déroute car inconsciemment, mes doigts approchant une dalle tactile se positionnaient idéalement pour les touches d’un iPad 9,7″.

La présence d’un clavier virtuel pleine taille, sur un écran Retina pouvant afficher presque deux iPad Air 2 côte à côte, est un avantage non négligeable. Sur l’iPad Pro, le clavier virtuel occupe moins de la moitié de la zone d’affichage, alors que sur les autres modèles d’iPad, celui-ci dépasse allègrement la ligne médiane, sans compter les barres d’outils additionnelles !

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Afin de retrouver une surface d’affichage utile proche de celle du MacBook Air (la finesse du Retina en prime), j’ai expérimenté la coque-clavier Logitech Create et le Smart Keyboard, avant de vite les abandonner en attendant éventuellement mieux.

Du côté de Logitech, la Create est tout simplement mauvaise : elle rend l’iPad Pro plus épais et aussi lourd qu’un MacBook Air. Si le mécanisme des touches rétro-éclairées est plutôt agréable, cette coque ne s’utilise qu’en mode “chevalet” et l’iPad en est trop fortement solidaire pour pouvoir l’en séparer à l’envi. Si vous n’utilisez pas le clavier, protection repliée à l’arrière, la tenue est la pire expérience vécue avec un iPad en mains !

Pour ce qui est du Smart Keyboard d’Apple, l’idée de pouvoir partir soit avec ma Smart Cover classique, soit avec celle embarquant le clavier, est excellente. Le toucher est bon, mais ne livrer qu’une seule version américaine de clavier (QWERTY) et faire l’impasse sur les touches de fonction, s’avère être totalement rédhibitoire !

Pour finir, après avoir ajouté un clavier à son iPad, on comprend vite pourquoi Apple s’est toujours refusée à livrer des dalles tactiles sur ses Mac. Une fois, deux fois, à la troisième on sent l’inconfort de l’opération. Et en l’absence de trackpad sous le clavier, on s’attèle rapidement à mémoriser tous les raccourcis claviers introduits avec iOS 9, plutôt que de caresser inutilement la surface vierge, à l’avant du clavier, pour faire bouger un curseur qui n’existe pas…

Le Pencil, accessoire indispensable

Sachez-le, je ne sais pas dessiner autre chose que des « mockups » et habiller des interfaces avec mes logiciels favoris. Plus agile avec un Magic Trackpad qu’avec un crayon, ma Wacom Intuos sert plus de ramasse poussière que d’outil de dessin. Pour être honnête, si j’ai commandé l’Apple Pencil, c’est plus par curiosité qu’autre chose…

Pourtant dès les premiers coups de crayon avec l’Apple Pencil, j’ai su qu’il ne subirait pas le même sort que les claviers évoqués précédemment. Mon écriture minuscule est parfaitement retranscrite, mes coups de crayon numériques pour préparer mes maquettes ont la finesse et la précision de mes vrais crayons.

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Après avoir découvert l’application de prise de notes de mes rêves, Notability, il ne m’a pas fallu plus d’une journée pour faire le ménage sur le bureau et abandonner l’idée de « maquetter » et noter sur papier. Ajoutez à cela Astropad, qui transforme l’iPad Pro et son Pencil en équivalent d’une coûteuse Cintiq à la liste de mes découvertes, et le sort de mon Intuos était scellé dans la foulée.

Pour avoir testé toutes sortes de stylets haut de gamme (avec connexion Bluetooth, détection de la pression, etc) pour iPad “classique”, vendus à peine moins cher que le Pencil d’Apple, aucun d’eux ne soutient la comparaison. La technologie embarquée dans l’Apple Pencil et derrière la dalle capacitive de l’iPad Pro offrent un rendu unique, capturant parfaitement les tracés, quelle que soit la vitesse de déplacement de la mine sur la surface vitrée.

Il aura fallu quelques heures pour se faire à la glisse particulière de la pointe sur la dalle de verre, mais la finesse de la pointe et sa texture étudiée ne sont pas moins déroutants ou plus inconfortables qu’avec les tablettes graphiques Wacom que j’ai eues en main.

Notez que les performances du Pencil sont très liées à l’application utilisée : par exemple, les apps Tayasui (Sketches et Memopad) n’arrivent pas à suivre les mouvements du stylet alors que Procreate et consorts sont tout aussi réactives que Notes, qui nous sert d’étalon.

La chasse aux applications (iPad) Pro

En 3 mois d’existence, sorti de l’engouement des premières semaines, les mises à jour d’applications adaptées à l’iPad Pro se font rares, et finalement assez peu d’applications à destination des professionnels sont disponibles dans l’App Store.

Dans le cadre de mes besoins, je ne souffre pas trop du manque dans la mesure où l’immense majorité des applications que j’utilisais sur l’iPad Air 2 ont été adaptées à l’iPad Pro.

Comme évoqué plus haut, le fait de repartir de zéro pour la configuration de l’iPad Pro m’a obligé à aller chercher au fond des rayons de l’App Store, des applications que je ne connaissais parfois pas ou que j’avais jusqu’alors préféré ignorer.

J’ai eu de très bonnes surprises comme Astropad, Notability ou Graphic et de grosses déceptions avec toutes les applications Adobe ou Sketches et Memopad, vite abandonnées.

Koder, Ulysses, Chunky ou Editorial sont, à l’heure actuelle, soit en beta soit planifiées, et devraient vite compléter la liste des indispensables de l’iPad Pro (voir notre article sur le développement de Slice42).

Sans applications, point de salut

Ce qui conditionne la réussite ou l’échec d’une nouvelle plateforme matérielle, en dehors de ses qualités intrinsèques, est bien souvent l’offre logicielle qui l’accompagne, exploitant au mieux ce qu’il y a sous le capot.

En choisissant de conserver iOS sur un iPad aux dimensions d’un Mac portable, Apple a tranché dans la direction opposée à Microsoft et ses Surface, mais c’est un pari qu’il va falloir transformer à l’avenir et qui ne dépend pas que des développeurs.

iOS 9 a ouvert de nouvelles opportunités avec notamment la prise en charge des raccourcis clavier, le partage d’écran et la généralisation de Spotlight. L’iPad Pro se voit transcender, mais ces fonctionnalités devront être rationalisées dans iOS 10 afin de les rendre vraiment pratiques.

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À titre d’exemple, le mode “Split View” qui permet aux iPad de dernière génération d’afficher deux applications côte à côte est une excellente idée, mais avez-vous déjà essayé de chercher une application dans le volet de droite ? D’immenses icônes, aucune recherche possible, et une liste d’applications prenant en charge Slide Over longue comme un jour sans pain, rendent son utilisation vite détestable.

La grille d’icônes de l’écran d’accueil, élargie proportionnellement avec l’iPad Pro, a largement fait son temps et n’a plus de sens sur un si grand écran à destination des “pros”. Le centre de notifications et le centre de contrôle mériteraient d’évoluer et de s’adapter réellement à tout l’espace disponible sur un écran de 5,6 millions de pixels.

L’iPad Pro est loin d’être inutilisable, mais sa puissance et les nombreuses choses effectuées avec ce dernier en lieu et place du Mac, incitent à pousser iOS 9 dans ses derniers retranchements, dévoilant ainsi ses faiblesses au grand jour. Je n’en suis pas au point de regretter qu’Apple n’ait pas plutôt installé OS X dans son iPad Pro, c’eût été pire encore, à l’image de la Surface que je peine à trouver séduisante avec son “bête” portage d’un Windows de bureau.

Trois mois plus tard, le MacBook Air au placard

Voilà maintenant trois mois que j’ai cet iPad XXL en mains, avec pour conséquence, un MacBook Air qui prend la poussière. L’iPad Pro m’a forcé (pour mon plus grand bien) à revoir mon processus de travail. L’Apple Pencil et la sélection d’applications adaptées à mes besoins ont fini d’enterrer (définitivement?) le MacBook Air.

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L’iPad Pro ne volera certainement pas la place d’un Mac portable chez tout le monde, mais il a le mérite d’inciter à repenser sa façon de travailler et d’offrir un solution séduisante qui mérite qu’Apple et les développeurs s’y consacrent encore un peu plus.

Note : cet article a été entièrement préparé avec l’iPad Pro : notes prises sous Notability, texte rédigé avec la dernière beta d’Ulysses pour iPad, images transférées directement sur l’iPad Pro et retouchées avec Pixelmator pour iOS.

Entre développement web, formation, consulting en ergonomie web et applicative, je tente à mes (rares) heures perdues d'abandonner le Mac au profit de l'iPad (Pro). Le reste du temps, je joue aux jeux de société, j'écris et je code en tranches ici.

13 COMMENTAIRES

    • Principalement le multitâche pas aussi efficace qu’un bon vieux « Alt+Tab » quand on n’a pas de clavier connecté. Pour le clavier, depuis les premiers iPad je tape à peu de choses près aussi vite que sur un Mac. Mais un Smart Keyboard résoudrait vraiment ce fichu multitâche d’iOS 9 qui est catastrophique quand on a, comme moi, près d’une centaine d’apps qui le prennent en charge.

  1. Très bon compte rendu est surtout honnête.
    Je partage totalement votre avis je le possède depuis plusieurs mois est j’en suis content.
    Est même temps je suis pas trop pc ni mac.
    Depuis iPad pro je me sert plus de mon MacBook Pro qui lui a 8go de ram contre 4go pour iPad pro.
    Mais je trouve iPad pro plus efficace est plus rapide après il s agit pas vraiment du même os.
    Je fais même dès montages vidéos en 4K est franchement je suis satisfait de iMovie.
    Apres il me correspond parfaitement pour mon utilisation maintenant un iPad pro ne convient pas à tout le monde.
    Apres je suis assez frustré par iOS qui n est pas vraiment adapté après la politique Apple est la même expérience sur tout les produits.
    J espère qu’à la wwdc ils changeront leurs fusils d’épaules.
    Apres un truc génial est l’autonomie je tiens plus de 13h écran actif alors que la batterie ne fais que 10000mah là où un iPad 4 avais 11000mah pour seulement 9,7p.
    Maintenant le prix surtout en France est vraiment exagéré à mon sens.
    Après je n ai pas encore pris un clavier un le Logi est trop lourd est pas pratique à enlever est celui Apple est en qwerty.
    J attend avec impatience un clavier azerty mais à mon avis Apple à négocier avec Logi dc ont l aura pas en Français.
    Le stylet rien à dire hormis le rechargement que j’utilise jamais via iPad pro trop dangereux à mon sens.
    Sa ne vaux pas du wacom mais c’est quand même pas mal.

    • Oui, bien entendu, j’en ai une collection complète mais cela reste une solution de « bureau ». Pour partir en balade, je ne trouve pas ces claviers des plus pratiques (notamment dans le TGV ou sur un coin de table dans un café). J’aime l’idée du Smart Keyboard ou d’un clavier de ce type qui se replie avec l’iPad Pro. Le Logitech n’est pas assez versatile, c’est dommage il a d’excellentes qualités par ailleurs.

  2. Ahhh, chouette, un vrai retour d’expérience…! Avec les prochaines versions de Ulysses pour iPad ou encore de Drafts 4, voire de Editorial quand Ole aura pris le temps de mettre à jour son produit, il est clair que ça change totalement la donne… Le SplitView transforme plus encore cet écran en outil de production…

    Là, je suis horriblement jaloux (sic !!!!) du grand Benoît et de son grand iPad. (Inutile de me dire qu’avec mon patronyme, je n’ai droit qu’à un petit iPad :)

À vous la parole !

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