Lors de l’annonce de l’iPad Pro 9,7″, Apple en a fait des tonnes sur son nouvel écran True Tone qui affiche selon elle « toutes les couleurs d’Hollywood ». Craig Hockenberry, spécialiste de l’image et développeur chez Iconfactory a publié un long article détaillant pourquoi cette nouveauté est aussi révolutionnaire qu’Apple le dit.

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Voici nos explications complétées par ses meilleurs passages pour bien comprendre ce qu’Apple cache derrière cette technologie qui ne manquera pas, au même titre que le Retina, de se retrouver derrière la dalle de verre des prochains appareils de la marque.

Profils de photos

Les écrans informatiques reproduisent les couleurs par synthèse additive des 3 primaires RVB (rouge, vert et bleu) en faisant varier pour chaque pixel la luminosité de chacune des teintes. En 1996, HP et Microsoft ont proposé le profil « sRGB », devenu depuis le standard officiel des images numériques. L’utilisation de ce profil permet de standardiser au maximum entre appareils la reproduction des couleurs tout en n’affichant qu’une partie restreinte des teintes que notre œil peut réellement percevoir.

Majoritairement utilisé, le profil sRGB pourrait être amené à disparaître dans les années à venir au profit du « DCI-P3 », dont vous avez entendu parler à la livraison de la seconde génération d’iMac 5K puis à l’arrivée du nouvel iPad Pro 9,7″.
Ce nouveau standard conçu par un consortium de studios de cinéma (Digital Cinema Initiatives – DCI) vise à standardiser à nouveau l’affichage de tous les appareils de production et de consommation d’image, du projecteur de salle de cinéma à l’écran d’ordinateur en passant par les smartphones et tablettes. Cette évolution est parfaitement logique avec l’abandon de la pellicule et la mise en place d’une chaîne numérique de bout en bout, de l’enregistrement à la diffusion.

L’autre apport non négligeable du « DCI-P3 », est que celui-ci affiche une gamme de couleurs plus large que le vieux standard sRGB mais qui est encore loin de ce que réserve la TV Ultra-Haute Définition avec le standard Rec. 2020 en cours de déploiement.

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Le standard Rec. 709 utilisé en télévision, assez proche du standard sRGB, est utilisé ici pour la comparaison.

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La différence par l’intelligence

Notre œil dispose d’une capacité unique : l’adaptation chromatique. C’est elle qui fait que lorsque les conditions lumineuses externes évoluent (passage d’un éclairage naturel à un éclairage artificiel), notre perception des couleurs s’adapte pour que la feuille blanche que nous avions sous le nez le reste à nos yeux.
En photographie, la pellicule comme les capteurs numériques ne réalisent par défaut aucune adaptation, nous obligeant à corriger la couleur de l’éclairage avec des filtres ou le réglage de la balance des blancs.

Avec True Tone, l’iPad Pro s’attache à fonctionner comme notre œil. Les capteurs à quatre canaux situés aux côtés de l’iSight de façade mesurent la façon dont « vous » percevez les couleurs dans la situation d’éclairage ambiant à un instant T. À partir de cette mesure, le GPU procède à des calculs en temps réel pour gérer et ajuster l’intensité et les couleurs de l’affichage en conséquence.

L’affichage True Tone limite le réflexe photomoteur (ou réflexe pupillaire) : l’adaptation de la pupille exposée à la lumière est moins intense et cela réduit la fatigue visuelle.

Tout cela fonctionne grâce à la gestion des couleurs, un point sur lequel Apple joue pour marquer sa différence avec la concurrence.

Apple 1 – Android 0

Comme l’indique Craig Hockenberry, la densité des écrans n’est plus véritablement un élément différenciant, les fabricants ont tous suffisamment augmenté le nombre de pixels pour que notre œil ne les distingue presque plus.
La gestion des couleurs pour afficher un spectre plus large ainsi que l’adaptation automatique ne sont pas du tout pris en charge par la concurrence. Il faut savoir qu’Android n’intègre à l’heure actuelle aucune gestion des couleurs et les fabricants de l’autre monde devront redoubler d’efforts pour rattraper Apple sur ce terrain.

True Tone, « vrai » ne veut pas dire « précis »

Apple a employé l’appellation « True Tone » pour la première fois pour le flash qui secondait le capteur photo de l’iPhone 5s. Par cette dénomination, le fabricant entend une « lumière plus naturelle » pour illuminer les scènes capturées.

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Du côté de l’écran de l’iPad Pro 9,7″, la logique est la même : adapter la balance des blancs à l’éclairage ambiant. En fonction de la lumière, la température du point blanc affiché est compensée.
Si les modifications faites en temps réel par le système sont plaisantes à l’usage, Anandtech a démontré qu’avec divers éclairages, l’affichage perdait de sa précision dans le rendu des couleurs.

... avec True Tone à droite
… avec True Tone à droite

Dans les faits ce « raté » sera surtout préjudiciable aux professionnels pour qui le rendu des couleurs est critique. Pour l’utilisateur « lambda », True Tone fait très bien son travail.

Un argumentaire difficile

Le plus gros problème de cette belle avancée technologique qu’est True Tone, c’est qu’elle est difficile « à vendre ». C’est le genre de changement pour lequel on perçoit une nette différence mais que l’on n’arrive pas à décrire véritablement. L’exercice est encore plus difficile dans les textes et visuels publicitaires diffusés par Apple, nous obligeant à croire les génies du marketing sur parole…

7 COMMENTAIRES

  1. True tone je n’en veux pas, je souhaite dans un environnement homogène et cohérent niveau lumière pouvoir retrouver l’expérience de couleur que je désire, sans qu’un algorithme vienne me dire ce à quoi doit ressembler ma couleur selon l’ambiance à laquelle sont exposés les capteurs. Il y a déjà suffisamment à gérer avec un écran rvb qui doit simuler du print quadri.

À vous la parole !

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