Détroit d’Ormuz : l’accord Iran-Oman peut-il rouvrir le passage du pétrole ? Ce que l’on sait

Par Patrick Lancier

TL;DR — l’essentiel en 30 secondes

  • L’Iran affirme s’être entendu avec le sultanat d’Oman sur un nouvel itinéraire de transit pour les navires dans le détroit d’Ormuz.
  • Téhéran conditionne la finalisation de l’accord à ce que « des parties tierces ne viennent pas entraver le processus » — allusion à Washington.
  • Par ce détroit transite environ 20 % du pétrole consommé dans le monde ; toute perturbation pèse immédiatement sur les prix.
  • Donald Trump a prévenu que le passage devait rouvrir « très bientôt », sur fond de guerre en Iran toujours en cours.

Le détroit d’Ormuz est redevenu, en quelques jours, le point le plus surveillé de la planète énergie. Alors que la guerre en Iran se prolonge, Téhéran et Mascate ont laissé entendre qu’ils s’étaient accordés sur un nouvel itinéraire de transit pour les pétroliers et méthaniers. Une éventuelle réouverture fluidifierait les exportations d’hydrocarbures et desserrerait la pression sur les marchés — mais l’Iran pose ses conditions, et Donald Trump surveille de près. Voici ce que l’on sait, et pourquoi ce couloir maritime décide en partie du prix que vous payez à la pompe.

En vidéo : le décryptage de France 24

Détroit d’Ormuz : une éventuelle réouverture pourrait arranger Donald Trump. Source : FRANCE 24.

Qu’est-ce que le détroit d’Ormuz et pourquoi est-il si stratégique ?

Le détroit d’Ormuz est un passage maritime resserré qui relie le golfe Persique au golfe d’Oman, puis à la mer d’Arabie. Il tire son nom de l’île iranienne d’Ormuz et sépare l’Iran, au nord, de la péninsule d’Oman, au sud. En son point le plus étroit, il ne mesure qu’une poignée de kilomètres de largeur navigable, ce qui en fait un goulet d’étranglement (« chokepoint ») unique au monde.

Sa valeur tient à un chiffre : selon l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), environ 20 % de la consommation pétrolière mondiale et près de 20 % des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL) transitent par ce seul détroit. D’après Connaissance des Énergies, environ 20 millions de barils par jour y ont circulé en 2025, dont près de 15 millions de barils de brut. Aucune autre route ne concentre autant de flux énergétiques.

Que contient l’accord en préparation entre l’Iran et Oman ?

Selon France 24 et L’Express, l’Iran a indiqué s’être entendu avec le sultanat d’Oman sur le tracé d’une nouvelle voie de navigation pour le transit des navires. L’objectif affiché : sécuriser et réorganiser le passage des cargaisons après des semaines de tensions. Une reprise du trafic favoriserait les exportations de pétrole et de gaz et réduirait les tensions sur l’économie mondiale.

Mais l’accord reste suspendu à une réserve de taille. Téhéran prévient, rapporte France 24, que la déclaration conjointe ne sera finalisée que si « des parties tierces ne viennent pas entraver le processus » — autrement dit, que Washington ne s’en mêle pas. Le Figaro souligne par ailleurs que l’Iran chercherait à instaurer un péage à l’entrée du détroit, une manière de monétiser sa position géographique.

Pourquoi les pétroliers passent-ils par le détroit d’Ormuz ?

Parce qu’il n’existe pas vraiment d’alternative aussi efficace. Les grands producteurs du Golfe — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Koweït, Qatar, Irak et Iran — expédient l’essentiel de leur brut et de leur GNL par voie maritime depuis les terminaux du golfe Persique. Or la seule sortie vers l’océan passe par Ormuz. Quelques oléoducs de contournement existent (notamment en Arabie saoudite et aux Émirats), mais leur capacité reste très inférieure aux volumes qui empruntent le détroit chaque jour.

Où va ce pétrole, et qui l’achète ?

La majeure partie des barils qui franchissent Ormuz part vers l’Asie : la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud figurent parmi les principaux acheteurs du brut du Golfe. L’Europe en dépend plus indirectement, mais le prix du pétrole étant fixé sur un marché mondial, une perturbation à Ormuz fait monter les cours partout — y compris pour les consommateurs français, même si la France importe aujourd’hui peu de brut iranien.

Quel impact sur les prix du pétrole et l’économie ?

Le marché réagit au quart de tour à toute nouvelle sur Ormuz. Selon CNBC, les places financières ont bondi ces derniers jours sur les seuls espoirs d’un accord, illustrant à quel point la prime de risque géopolitique pèse sur les cours. À l’inverse, une fermeture prolongée du détroit provoquerait une flambée du baril et alimenterait l’inflation énergétique. Au Royaume-Uni comme aux États-Unis, le débat monte déjà : The Guardian rapporte des appels à taxer les superprofits (« windfall tax ») engrangés par les majors pétrolières à la faveur de la guerre.

Quelle est la position de Donald Trump ?

Le président américain a haussé le ton. Selon Le Figaro, Donald Trump a déclaré vendredi que l’Iran devait autoriser le passage des cargaisons de pétrole par le détroit, faute de quoi celui-ci « ouvrira très bientôt » — une formule laissant planer la menace d’une intervention. Dans le même temps, plusieurs médias américains (Anadolu, The New York Times) décrivent un état-major cherchant une porte de sortie à une guerre en Iran qui s’enlise et dont le coût politique grandit à l’approche des élections de mi-mandat.

Le détroit d’Ormuz est-il fermé en ce moment ?

Non, le détroit n’est pas totalement fermé, mais le trafic y est perturbé et étroitement surveillé depuis le début du conflit. C’est précisément l’objet des discussions entre Téhéran et Mascate : rétablir un passage prévisible et sécurisé. La situation reste toutefois évolutive et peut changer rapidement au gré des développements militaires et diplomatiques.

FAQ — Détroit d’Ormuz

Où se trouve le détroit d’Ormuz ?

Il se situe entre l’Iran (au nord) et la péninsule d’Oman (au sud), reliant le golfe Persique au golfe d’Oman. C’est la seule sortie maritime du Golfe vers l’océan Indien.

À qui appartient le détroit d’Ormuz ?

Les eaux du détroit relèvent principalement de l’Iran et d’Oman, qui se partagent les côtes. La navigation y est régie par le droit international de la mer, qui garantit en principe le libre passage.

Quelle part du pétrole mondial passe par Ormuz ?

Environ 20 % de la consommation pétrolière mondiale, soit près de 20 millions de barils par jour en 2025, selon l’IRIS et Connaissance des Énergies.

Que se passe-t-il si l’Iran ferme le détroit d’Ormuz ?

Une fermeture bloquerait une part majeure des exportations de brut et de GNL du Golfe, ferait bondir les cours du pétrole et alimenterait l’inflation mondiale. C’est pourquoi la moindre rumeur d’accord ou de blocage fait réagir les marchés.

L’Iran fournit-il du pétrole à la France ?

Très peu aujourd’hui : la France s’approvisionne surtout auprès d’autres fournisseurs. Mais comme le pétrole se négocie sur un marché mondial, une crise à Ormuz renchérit malgré tout le carburant en France.


Article rédigé par Patrick Lancier. Faits attribués à leurs sources (IRIS, Connaissance des Énergies, France 24, L’Express, Le Figaro, CNBC, The Guardian, The New York Times, Anadolu). Situation évolutive au 8 août 2026.

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