L’essentiel. La justice française a élargi son enquête sur une fraude présumée portant sur environ 14 milliards d’euros de titres Hermès, selon le Financial Times et Reuters. Au cœur du dossier : l’héritier Nicolas Puech, qui affirme que six millions d’actions Hermès détenues en son nom se sont volatilisées. Toutes les personnes visées bénéficient de la présomption d’innocence ; aucune condamnation n’a été prononcée.

C’est l’un des feuilletons financiers les plus spectaculaires du moment, à la croisée du luxe, de la finance suisse et de la justice française. Rien ici n’est présenté comme établi : ce sont des plaintes, une enquête en cours et des démentis.

Six millions d’actions évaporées

Nicolas Puech, 82 ans, héritier de cinquième génération de la maison Hermès et longtemps son premier actionnaire individuel, aurait découvert vers 2022 que six millions d’actions Hermès qu’il pensait détenues en son nom avaient disparu. Sur la base de la valorisation actuelle du groupe, l’enjeu est estimé à environ 14 milliards d’euros (près de 16 milliards de dollars).

« Fraude massive », selon l’héritier

M. Puech accuse son gérant de fortune de longue date, Eric Freymond, de « fraude massive », et a déposé plainte en Suisse comme en France. Selon ses avocats, ses titres auraient été déplacés à son insu au moment où LVMH constituait, il y a plus d’une décennie, une participation dans le fabricant du sac Birkin. Eric Freymond est mort en juillet, percuté par un train en Suisse ; il était, à ce stade, la seule personne visée par l’enquête pénale en France.

Un volet civil qui vise LVMH et Bernard Arnault

Sur le plan civil, Nicolas Puech a par ailleurs assigné à Paris le PDG de LVMH, Bernard Arnault, ainsi que deux family offices du groupe (Agache et Financière Agache) et plusieurs entités suisses liées au gérant décédé, estimant avoir été illégalement dépouillé de ses actions Hermès. Il s’agit d’allégations formulées dans le cadre d’une procédure civile ; elles n’emportent aucune culpabilité.

Le démenti de LVMH. Le groupe LVMH conteste fermement : il affirme n’avoir « jamais détourné les actions de l’héritier ». La présomption d’innocence s’applique pleinement à l’ensemble des parties mises en cause.

Pourquoi c’est d’intérêt public

Une fortune de plusieurs milliards qui s’évapore des comptes d’un héritier d’une maison emblématique, une enquête pénale française qui s’élargit, une bataille civile visant l’un des hommes les plus riches du monde : le dossier interroge la traçabilité des grandes fortunes, le rôle des gérants et des family offices, et la solidité des contrôles. Le raconter, sans le travestir ni préjuger, relève du droit d’informer.

Sources et références

« La justice française élargit son enquête sur une fraude présumée portant sur 14 milliards d’euros d’actions Hermès » (Financial Times / Reuters, repris par Zonebourse). Robb Report ; Forbes ; The Fashion Law ; MarketScreener (démenti de LVMH). Faits rapportés au conditionnel ; procédures en cours, présomption d’innocence.

Par Patrick Lancier

By admin