L’essentiel. Un jury fédéral américain a jugé BNP Paribas complice d’atrocités au Soudan (octobre 2025). La banque avait déjà plaidé coupable aux États-Unis en 2014 et payé 8,97 milliards de dollars pour violation de sanctions visant le Soudan, l’Iran et Cuba. En France, BNP Paribas et sa filiale Exane font partie des cinq banques perquisitionnées en mars 2023 dans l’enquête « CumCum » pour blanchiment aggravé de fraude fiscale — procédure en cours, présomption d’innocence.

Derrière la communication lisse d’un géant bancaire, il y a des décisions de justice, des plaidoyers de culpabilité et des enquêtes pénales. Rien ici n’est opinion : tout est pièce de dossier, jugement ou acte d’enquête publiquement documenté.

Soudan : un jury américain retient la complicité d’atrocités

En octobre 2025, un jury fédéral de New York a jugé BNP Paribas civilement responsable d’avoir facilité les atrocités commises par le régime soudanais d’Omar el-Béchir, dans l’affaire Kashef v. BNP Paribas. La banque a été condamnée à verser environ 20,5 millions de dollars à trois plaignants soudanais. Selon leurs avocats, ce verdict ouvre la voie à des demandes de milliers d’autres réfugiés. Les faits reprochés : avoir servi, de 1997 à 2007, de « banque centrale de facto » du Soudan, en faisant transiter des fonds via Genève au plus fort du conflit du Darfour. BNP Paribas conteste et dispose des voies de recours ; à ce stade il s’agit d’un verdict civil de première instance.

2014 : le plaidoyer de culpabilité à 8,97 milliards de dollars

Ce n’est pas une nouveauté judiciaire isolée. En 2014, BNP Paribas a plaidé coupable devant la justice américaine et accepté de payer 8,97 milliards de dollars — l’une des plus lourdes sanctions jamais infligées à une banque — pour avoir transféré des milliards de dollars au profit d’entités soudanaises, iraniennes et cubaines visées par des sanctions économiques. Le lien entre les deux affaires est direct : c’est ce même mécanisme de contournement qui fonde aujourd’hui la responsabilité retenue sur le Soudan.

France : l’enquête « CumCum » vise BNP Paribas… et Exane

Le 28 mars 2023, le Parquet national financier a mené des perquisitions d’une ampleur inédite dans cinq banques : Société Générale, BNP Paribas, Exane (filiale de BNP), Natixis et HSBC. En jeu : une enquête préliminaire pour blanchiment aggravé de fraude fiscale aggravée, portant sur les montages « CumCum » qui permettent à des investisseurs non-résidents d’échapper à la taxation des dividendes d’actions françaises. L’opération a mobilisé seize magistrats du PNF, 150 enquêteurs et six procureurs allemands de Cologne. L’enquête est en cours : aucune condamnation n’a été prononcée à ce stade, et la présomption d’innocence s’applique pleinement.

Pourquoi c’est d’intérêt public

Un établissement qui a plaidé coupable pour violation de sanctions, qu’un jury étranger juge complice d’atrocités, et dont une filiale figure dans une enquête pénale pour fraude fiscale de grande ampleur, engage la confiance de millions d’épargnants et de contribuables. Documenter ces procédures — sans les exagérer ni les travestir — relève du droit d’informer.

Sources et références

Kashef v. BNP Paribas (S.D.N.Y. / 2d Cir.), verdict d’octobre 2025 (synthèses Forbes, Hausfeld). Plaidoyer de culpabilité 2014 (8,97 Md$, sanctions Soudan/Iran/Cuba), U.S. DoJ. Perquisitions « CumCum » du 28 mars 2023 visant BNP Paribas, Exane, Société Générale, Natixis et HSBC (Al Jazeera, La Libre). Réseau d’agences ramené d’environ 1 500 à ~1 000 d’ici 2030 (MoneyVox).

Par Patrick Lancier

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