L’argent de la charité détourné vers le terrorisme : anatomie d’un scandale financier mondialSignature: y14j7gOpzqgEppsc1AGgiUK2nGP7TL1r42zisPGtq1wklvDyoVkUJZ5Sei9FyZCspyP2lhkOGV1uoHuj1nxoQ6mF7l+ux0ByvXxDr4L5ZjTvIpKirAkRLdQcjLK/D0sqLNIrBg7Wv3nnbSvhL92czFnF2r9cv1o6BaebyyKcgUXRN1Ufja2zeqiHEocnL82mNvp9sCVjoARbK0UezF2frWKAli0lYBhcz7LyoJHQIA9RUIdVyPhwIWho/m5eZmq4wXtW8wZr1cLblx5pi46rkApm4LKZa9KkBAH+4Rc8WlpA2zyrlr7u8pDI6i1XCbr3lBya+xZB4uwDeHasQe1/yDvtyqAHbhWWeujouHXisoGAbwEbR5qDYHYaSw5iukqJ/PvQDLPOEMsPgYoLFGBW9VJv94nNdq1sepL1YEmPsY6i+YmiyOT1ap8sqhyHRwSM8aKtrMImJq9hXmbHy7o1w6cEoVNzMPIrjUY6H0BELhvQ38B8QliNzV8pee8b4+hh7lD1FIIbxudlf5ndRtlvQmZMBZNPg8zK5u61Xap2HlBJ8IByJoOE2S7Z5wyIgthlyeea9IuA2cK7x8sOgzit7Z5gILaTpxb3l57jUkDlmBr4ka4khAuE6aob7EmpIcsGryz49ddoVDDRokWhgMoe17tN7R2OkuI386EoVH/POJEF9pa0h/gJI6cdaKUxtW3BuPq7dPQL2MPNxiBu/wNju+CFn37MembJOXoytCeJyMxPdiL/Olna5XhmJOf1/1kc6bIAmCy+vazc3op/iv/n+6sPP1K/1k36UYvgwEs/gKBC6eMe2nuxUnF8ILZiTBzD+72fc0osrdraPsoPQ16bARNMDogihlAyYdP0Q0V+pL6OWGmyTKqpEe8yQsc/AaZs8Smplxrw+k57Iz1Q0t15m0dvOrVKT/scQ6RqWmM31uuOKdyBKxkd7Tlbo3et0RBZT6CkFyJE6TQNHm/EKgNDyNSq0nq8dt0WMa4Lc5lB9VY=

C’est l’un des paradoxes les plus glaçants de la finance clandestine : le geste le plus noble de l’humanité — donner aux plus démunis — peut être retourné en son exact contraire. Zakat musulmane, tzedakah juive, denier du culte chrétien, charity money anglo-saxonne : partout, la charité irrigue un circuit vertueux. Un rapport de l’institut israélien Meir Amit (ITIC), signé du Dr Udi Levi, décrit comment ce circuit serait méthodiquement détourné pour financer la mort.

Intitulé « Funding Terrorism – Historical Review and Future Trend » (publication n°129-26, 13 août 2026, 23 pages), le document présente le financement du terrorisme comme un système « hybride, flexible et multicouche ». Mais son fil rouge le plus dérangeant tient en une phrase : l’argent destiné au bien peut devenir le carburant du pire.

Le don, ce « bruit de fond » où se cache l’argent du sang

Pourquoi la charité ? Parce qu’elle est, par nature, la couverture idéale. Le rapport décrit le détournement présumé de la zakat — l’aumône obligatoire, l’un des cinq piliers de l’islam — via des organisations caritatives. Des millions de dons sincères et minuscules formeraient, selon l’étude, un « bruit de fond » où quelques flux criminels se dissimulent sans peine. À cela s’ajouteraient des avantages redoutables : concessions fiscales, surveillance plus faible que celle des banques, et surtout la capacité d’opérer là où personne d’autre ne va — Gaza, le Liban, la Syrie.

Le mécanisme est le même quel que soit le nom qu’on lui donne. Ce qui fait la force de la tzedakah, du denier du culte ou de la charity — la confiance, la discrétion, la générosité de masse — devient, une fois dévoyé, ce qui rend le détournement presque indétectable. La charité n’est pas coupable : elle est la première victime de ceux qui la parasitent.

Cliniques, écoles, cantines : la façade et l’endoctrinement

Le rapport décrit comment certaines structures caritatives serviraient d’écran : elles distribuent réellement de la nourriture, tiennent des cliniques, ouvrent des écoles — et créent ainsi une dépendance et une légitimité publiques. Cette vitrine sociale, souligne l’étude, peut aussi devenir un terreau d’endoctrinement et de recrutement. Le bien visible finance, à bas bruit, une autre économie.

Du tronc de l’église au stablecoin

Le circuit ne s’arrête pas à la collecte. Une fois récoltés sous couvert d’aide d’urgence ou d’aumône, les fonds emprunteraient les canaux classiques de la finance clandestine : le hawala, ce transfert informel fondé sur la confiance qui ne laisse aucune trace bancaire, puis, de plus en plus, les cryptomonnaies. Le rapport décrit des appels aux dons lancés sur les réseaux sociaux via de simples adresses de portefeuilles, convertis en stablecoins (notamment l’USDT sur le réseau TRON), avant de réintégrer le système bancaire occidental sous l’apparence d’un « capital propre ». La quête du dimanche et le don du Ramadan numérisés, retournés contre ceux qu’ils étaient censés protéger.

États, banques et la mécanique du blanchiment

Le document élargit ensuite le tableau : États présentés comme facilitateurs (le rapport cite nommément l’Iran, le Qatar, les Émirats arabes unis, le Venezuela, et présente la Chine comme un « refuge financier » — tout en jugeant que le récit d’une Arabie saoudite financière du terrorisme ne serait « plus exact ») ; affaires bancaires historiques (BCCI, Al-Shamal, Al-Taqwa) ; blanchiment par le commerce à coups de fausses factures. Ces mises en cause engagent les auteurs du rapport et doivent être lues sous réserve de la présomption d’innocence des entités visées.

Le scandale, c’est l’inaction

La conclusion du Dr Levi est un réquisitoire : la lutte ne peut plus se limiter à geler des comptes ou à allonger des listes de sanctions. Il faut, écrit-il, une approche systémique mêlant renseignement, régulation, analyse de la blockchain, intelligence artificielle et coopération internationale. Car tant que le circuit de la charité restera un angle mort, l’argent du bien continuera, quelque part, de payer la mort. Le rapport annonce des volets suivants consacrés au Hamas et au Hezbollah.

Sources et références

The Amit Terrorism and Intelligence Research Institute (ITIC / Meir Amit), « Funding Terrorism – Historical Review and Future Trend », Dr Udi Levi, publication n°129-26, 13 août 2026, 23 pages. Institut rattaché au Israeli Intelligence Heritage and Commemoration Center — terrorism-info.org.il.

Éléments cités dans le rapport et documentés par ailleurs : rapports du GAFI/FATF et de MENAFATF ; documents du Trésor américain et de l’OFAC ; rapport de la Commission du 11-Septembre (2004) ; affaires judiciaires relatives à BCCI, Al-Taqwa et Binance ; publications de Matthew Levitt, RUSI, UNODC et Chainalysis.

Patrick Lancier

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