Frères musulmans : la droite française pousse l’UE au classement terroriste — et la même question se pose pour les Gardiens de la Révolution iranienne
L’Assemblée nationale française a adopté, le 22 janvier 2026, une
proposition de résolution européenne appelant à l’inscription de la mouvance des
Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes.
Cette initiative, portée par la droite parlementaire, vise à exercer une pression politique
sur les institutions européennes, alors que la compétence juridique en matière de sanctions
relève exclusivement de l’Union européenne.
Dans le même temps, au Parlement européen à Strasbourg, plusieurs élus ont multiplié les
interpellations publiques de la Commission et de la Haute représentante Kaja Kallas.
L’intervention de l’eurodéputé Matthieu Valet, dénonçant ce qu’il décrit comme une
complaisance de l’Union européenne face à l’islamisme politique, a largement circulé
sur les réseaux sociaux.
Ce que la résolution française permet… et ce qu’elle ne permet pas
Contrairement à certaines affirmations relayées en ligne, le Parlement français
n’a pas classé juridiquement les Frères musulmans comme organisation terroriste.
Il a adopté une résolution politique non contraignante, destinée à inciter
le Conseil de l’Union européenne à agir.
Le cadre juridique est celui de la
Position commune 2001/931/PESC du 27 décembre 2001,
qui régit l’inscription d’entités sur la liste terroriste de l’UE.
En vertu de ce texte, seule une décision du
Conseil de l’Union européenne, représentant les États membres,
peut aboutir à un tel classement, sur la base de décisions préalables prises par
des autorités compétentes nationales ou étrangères.
Les parlements nationaux ont donc perdu cette compétence directe au niveau européen.
Leur rôle est désormais politique : créer un rapport de force et
nourrir le débat au sein du Conseil.
Une séquence politique européenne sous haute tension
L’intervention de Matthieu Valet contre Kaja Kallas s’inscrit dans cette logique.
L’élu a notamment dénoncé l’absence de condamnation explicite de la Turquie et évoqué
des montants d’aides européennes de l’ordre de
10 milliards d’euros sur la période 2021–2027,
qu’il juge incompatibles avec la lutte contre l’islamisme radical.
Au-delà du ton, cette séquence illustre une stratégie assumée :
transformer un débat national en pression européenne,
en mettant la Commission et le Service européen pour l’action extérieure
face à leurs responsabilités politiques.
Un activisme diplomatique assumé de Gideon Sa’ar sur les Gardiens de la Révolution
Parallèlement aux initiatives parlementaires européennes, le ministre israélien
des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, mène depuis plusieurs mois
une offensive diplomatique ciblée visant à obtenir la qualification
du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI)
comme organisation terroriste par un nombre croissant d’États.
Cette stratégie repose sur une logique juridique précise :
multiplier les désignations nationales afin de créer des précédents
exploitables au niveau européen.
Dans ce cadre, Israël a intensifié ses démarches auprès de partenaires
d’Amérique latine et d’Amérique centrale, notamment
l’Argentine et le Honduras,
qui ont franchi le pas là où plusieurs États européens hésitent encore.
Gideon Sa’ar a également interpellé ses homologues européens,
y compris le ministre français des Affaires étrangères,
en soulignant que les critères exigés par la Position commune 2001/931/PESC
pouvaient être réunis à partir de décisions nationales concordantes.
Il a enfin adressé un message politique clair à la présidente
de la Commission européenne, Ursula von der Leyen,
appelant l’exécutif européen à mettre fin à l’inaction
face à un corps militaire accusé de répression interne,
d’opérations terroristes indirectes et de déstabilisation régionale.
La question désormais posée frontalement
La séquence française sur les Frères musulmans, comme la bataille diplomatique
autour des Gardiens de la Révolution, conduit à une interrogation devenue centrale
à Bruxelles :
À quand les Gardiens de la Révolution iranienne, accusés de réprimer leur propre population
et d’alimenter des réseaux armés régionaux, seront-ils classés organisation terroriste
par les parlements nationaux, puis surtout par le Conseil de l’Union européenne ?
Tant que ce verrou restera bloqué au niveau du Conseil,
les résolutions nationales continueront de jouer un rôle politique majeur,
sans produire d’effet juridique direct.
Références
- Assemblée nationale (France) — Texte adopté TA n°215 :
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17t0215_texte-adopte-seance
- Assemblée nationale — Compte rendu de la séance du 22 janvier 2026 :
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/comptes-rendus/seance/session-ordinaire-de-2025-2026/deuxieme-seance-du-jeudi-22-janvier-2026
- Le Monde — Adoption de la résolution contre les Frères musulmans :
https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/01/22/une-resolution-contre-les-freres-musulmans-adoptee-a-l-assemblee
- Conseil de l’Union européenne — Sanctions et liste terroriste :
https://www.consilium.europa.eu/en/policies/sanctions-against-terrorism/
- Parlement européen — Résolutions relatives au CGRI :
https://www.europarl.europa.eu/
- Slice42.com — « Pourquoi l’Argentine a fait ce que l’Europe hésite encore à faire face au terrorisme iranien » :
https://slice42.com