Le scandale Banco Master : une crise de confiance qui menace la stabilité du système financier brésilien

Par Luis Felipe Távora

Analyse économique – février 2026

Le Brésil fait face, depuis novembre 2025, à l’une des plus graves crises de son système financier depuis la crise des subprimes de 2008. La liquidation extrajudiciaire du Banco Master par le Banco Central do Brasil (BC), suivie de l’arrestation puis de la libération sous contrôle judiciaire de son principal actionnaire, Daniel Vorcaro, a révélé un schéma présumé de fraudes portant sur plus de 12 milliards de reais.

Selon les conclusions provisoires de l’Opération Compliance Zero de la Polícia Federal, le Banco Master aurait cédé au Banco de Brasília (BRB) – banque publique contrôlée par le gouvernement du District fédéral – des portefeuilles de crédit fictifs ou sans lastro réel d’un montant total de 12,2 à 12,7 milliards de reais. Ces actifs, présentés comme sains, ont été acquis dans le cadre d’une opération de cession partielle autorisée en urgence par le gouverneur Ibaneis Rocha en août 2025 et validée par l’Assemblée législative du DF.

Les faits établis à ce jour :

•  Le Banco Central a déclaré la liquidation du Master le 18 novembre 2025 après constat d’une grave insuffisance de liquidité (seulement 4 millions de reais en caisse selon le directeur de la surveillance du BC, Ailton de Aquino).

•  Vorcaro a reconnu devant la PF des « conversations institutionnelles » avec Ibaneis Rocha concernant la vente au BRB.

•  Le BRB, après l’échec de l’opération, a dû provisionner jusqu’à 5 milliards de reais de pertes potentielles, selon les estimations du BC.

•  Près de 1,6 million de clients et plusieurs fonds de pension publics (RioPrevidência, instituts municipaux) ont été exposés via des CDB à rendements attractifs (jusqu’à 140 % du CDI) adossés au Fonds garantisseur de crédits (FGC).

Les liens avec le pouvoir judiciaire au cœur des débats

L’affaire a pris une dimension institutionnelle avec la révélation, par O Globo et Metrópoles, d’un contrat de prestations de services juridiques conclu entre le Banco Master et le cabinet Barci de Moraes – dirigé par l’épouse du ministre Alexandre de Moraes – pour un montant pouvant atteindre 129 millions de reais entre 2024 et 2027. Le cabinet affirme avoir fourni des services généraux ; aucune intervention directe dans le dossier BRB n’a été prouvée à ce stade.

Alexandre de Moraes a démenti toute irrégularité, précisant que ses deux rencontres confirmées avec le président du Banco Central, Gabriel Galípolo (août et septembre 2025), portaient exclusivement sur les sanctions américaines Magnitsky le visant personnellement. La Polícia Federal et le BC ont corroboré cette version pour ces réunions.

Par ailleurs, le ministre Dias Toffoli s’est récusé de la relatoria du dossier au STF le 12 février 2026 après un rapport de la PF faisant état de transferts de 35 millions de reais vers un resort dans lequel une société liée à sa famille détenait une participation. Le dossier a été redistribué au ministre André Mendonça.

Réactions du marché et impact sur le « risque Brésil »

L’indignation est particulièrement vive sur l’avenue Faria Lima. Banquiers privés, fonds d’investissement et analystes de Bloomberg, Reuters et Valor Econômico voient dans cette affaire une menace existentielle pour la crédibilité du secteur financier brésilien. « Quand un établissement public absorbe des actifs douteux sur ordre politique, le risque pays cesse d’être une simple courbe pour devenir un coût réel de financement », résume un dirigeant d’une grande banque étrangère sous couvert d’anonymat.

Le FGC devrait supporter une partie du passif, ce qui pourrait entraîner une hausse des contributions des banques saines et, in fine, des coûts pour l’ensemble du système. Plusieurs investisseurs internationaux ont déjà révisé à la hausse leur prime de risque sur le Brésil.

Où en est l’enquête ?

À ce jour :

•  Vorcaro est assigné à résidence avec bracelet électronique et interdiction de contact avec les autres mis en cause.

•  La PF poursuit les auditions et l’analyse des données saisies.

•  Le ministère public fédéral a classé sans suite les plaintes visant directement Alexandre de Moraes pour manque d’éléments concrets.

•  Le BRB a mandaté un cabinet d’audit international pour évaluer les pertes exactes.

Le scandale Banco Master n’est plus seulement une affaire de banque en difficulté : il met en lumière les fragilités de la supervision, les risques de conflits d’intérêts et la porosité entre sphère publique et secteur privé au Brésil. Dans un contexte de déficit public élevé et de besoin de financement extérieur, la restauration rapide de la confiance sera déterminante pour éviter une contagion plus large.

Sources principales (février 2026)

•  BBC Brasil (27 janv. 2026)

•  Reuters, Bloomberg, Financial Times (12-13 fév. 2026)

•  O Globo / Metrópoles (contrat Barci de Moraes)

•  Valor International, CNN Brasil, Gazeta do Povo

•  Dépositions PF et rapports du Banco Central

•  Wikipédia « Escândalo do Banco Master » (mise à jour 16 fév. 2026)

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