Trump, Poutine, Xi et Erdogan : le deal secret des empires qui redessine l’ordre mondial

Venezuela, Ukraine, Taïwan, Syrie, Iran : comment les grandes puissances ont cessé de s’opposer pour se partager le monde

Analyse prospective. Ce texte explore un scénario de realpolitik fondé sur des consentements tacites entre puissances : non pas un traité, mais un silence stratégique — un nihil obstat réciproque où chacun obtient sa “zone vitale” tant qu’aucun ne déclenche une guerre totale.

Introduction — Le retour brutal de la realpolitik

L’ordre international contemporain se pare de normes, d’institutions et de principes. Pourtant, dans les moments de bascule, la grammaire du monde redevient celle des rapports de force, de l’énergie, des lignes rouges et des intérêts vitaux. L’hypothèse qui gagne du terrain, dans certains cercles, est celle d’un monde “compartimenté” : chaque puissance avance sur l’essentiel, et les autres s’abstiennent, non par vertu, mais par calcul.

Ce mécanisme n’est ni élégant ni juste. Il est simplement opérationnel. Et s’il se confirme, il pourrait transformer la planète en un archipel de sphères d’influence, stabilisées par l’épuisement, la dissuasion et la peur du dérapage.

1) Trump et le pétrole vénézuélien : l’énergie comme levier de puissance

Dans ce scénario, Washington revient à une logique frontale : sécuriser l’énergie, protéger l’industrie, et reprendre la main sur l’hémisphère occidental. Le Venezuela redevient central — non comme cause idéologique, mais comme réservoir stratégique.

L’objectif n’est pas Caracas en tant que symbole : ce sont les puits, les flux, les contrats, les routes maritimes, et la capacité à peser sur les prix mondiaux.

  • Effet interne : énergie plus abondante, pression moindre sur les prix, discours de souveraineté économique.
  • Effet externe : réduction de l’influence russo-chinoise en Amérique latine.
  • Effet systémique : capacité accrue à “sanctionner” par le marché, non par les sermons.

Ce n’est pas un retour à l’ordre moral : c’est un retour à l’ordre matériel.

2) Poutine et l’Ukraine : figer l’acquis, sanctuariser la ligne

Deuxième pilier : la Russie conserve les positions acquises en Ukraine. Non comme triomphe universel, mais comme ligne rouge devenue trop coûteuse à déplacer. L’idée n’est plus l’expansion infinie : c’est la consolidation.

Dans ce cadre, l’Occident ne “reconnaît” pas officiellement : il cesse d’entraver au point de rendre la reconquête impossible. La guerre se mue en gel : cessez-le-feu durable, frontière de fait, et reconstruction différenciée.

Ce que produit un gel :

  • une baisse mécanique du risque d’escalade directe OTAN–Russie ;
  • une stabilisation (imparfaite) des chaînes agricoles et énergétiques ;
  • un nouvel équilibre de dissuasion en Europe.

Ce n’est pas la paix. C’est une paix d’épuisement.

3) Xi Jinping et Taïwan : la souveraineté comme destin national

Troisième volet : la Chine retrouve la souveraineté sur Taïwan. La question taïwanaise n’est pas, pour Pékin, un dossier parmi d’autres : c’est un axe identitaire et stratégique. Dans une logique de nihil obstat, l’option privilégiée serait une réintégration progressive, combinant pression économique, encerclement stratégique, et verrouillage diplomatique.

La contrepartie implicite serait une forme de “garantie” : continuité des chaînes industrielles, absence de guerre totale, et promesse d’une transition contrôlée. Les acteurs économiques, eux, demandent une chose : prévisibilité.

Ce point constitue le test ultime : un monde où la souveraineté se règle non par principe, mais par rapport coût/bénéfice.

4) Erdogan et la Syrie : gains périphériques, influence durable

La Turquie, puissance régionale pragmatique, consolide ses avantages en Syrie : zones d’influence, profondeur stratégique, contrôle partiel des dynamiques migratoires, et capacité d’arbitrage entre blocs.

La Syrie devient alors ce qu’elle est déjà largement : un espace où le droit international est remplacé par des arrangements de terrain, militaires et communautaires.

  • Pour Ankara : réduction du risque à la frontière, levier sur l’Europe, influence régionale.
  • Pour les autres : une “stabilité sale” préférable à l’embrasement incontrôlé.

5) Iran : la variable endogène — Génération Z et restauration monarchique

Le point le plus instable de ce tableau est l’Iran, car la dynamique y est d’abord interne. Une révolution portée par la Génération Z — urbaine, connectée, exaspérée — pourrait provoquer une rupture majeure, allant jusqu’au rétablissement symbolique du fils du Shah comme figure de rassemblement et de transition.

Dans ce scénario, les puissances extérieures n’“organisent” pas : elles laissent faire, puis s’adaptent, dès lors que la nouvelle architecture réduit l’exportation idéologique et réintègre le pays dans des circuits économiques contrôlables.

Ce que changerait un basculement iranien :

  • recomposition des alliances régionales ;
  • affaiblissement des réseaux idéologiques transnationaux ;
  • réouverture partielle des marchés et corridors énergétiques.

C’est ici que surgit l’image : frapper non “un tentacule”, mais le cœur.

Le mécanisme : un nihil obstat réciproque, sans traité, sans aveu

La clé de lecture est simple : l’abstention vaut autorisation. Rien n’est signé, rien n’est proclamé. Mais chaque puissance comprend que l’autre ne doit pas être humiliée sur son essentiel, sous peine de dérapage systémique.

Ce modèle repose sur trois règles non dites :

  1. Chacun sa zone vitale (énergie, frontières, souveraineté, profondeur stratégique).
  2. Pas de guerre totale : dissuasion, fatigue, coût politique interne.
  3. Stabilisation par compartimentation : on “gèle” plutôt qu’on “résout”.

Conclusion — Un ordre cynique, mais peut-être durable

Ce scénario ne promet ni justice, ni démocratie, ni vertu. Il propose autre chose : une stabilité minimale par consentements tacites. Le monde ne serait plus un universalisme, mais une carte : pétrole ici, frontières là, souveraineté ailleurs, et changement de régime là où le système craque de l’intérieur.

Ce “deal secret” n’est pas une théorie du complot : c’est une hypothèse de realpolitik. Et si elle s’impose, elle signifiera la fin d’un mythe — celui d’un ordre mondial gouverné par les principes — et le retour d’une vérité ancienne : les empires ne demandent pas la permission, ils vérifient seulement l’absence d’obstacle.

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