Evergrande : Xu Jiayin condamné à perpétuité par le tribunal de Shenzhen
« Par Patrick Lancier »
TL;DR — Jeudi 20 août 2026, le tribunal intermédiaire du peuple de Shenzhen (Guangdong), en première instance, a condamné Xu Jiayin — Hui Ka Yan en cantonais —, fondateur d’Evergrande, à la prison à vie, a rapporté l’AFP à 08 h 38. La cour, sur WeChat, ajoute la déchéance de ses droits civiques à vie et la confiscation de tous ses biens personnels. Elle le dit « entièrement responsable » des opérations du groupe et de ses filiales. RTHK (13 h 03 HKT) cite le même WeChat. Reuters, reprise par l’Economic Times à 10 h 24 IST, parle du promoteur le plus endetté au monde. Cet article ne fusionne pas les cinq autres cadres du greffe et les 56 peines rapportées par Chine nouvelle.
Qui est Xu Jiayin, dit Hui Ka Yan, condamné jeudi à Shenzhen ?
L’AFP le décrit comme un homme de 67 ans, aux origines modestes, devenu l’incarnation de la réussite avant sa chute. Il était considéré comme l’un des hommes les plus riches de Chine. Il appartenait à la Conférence consultative politique du peuple chinois, organe consultatif du Parti communiste au pouvoir. Hui Ka Yan est le nom cantonais. Xu Jiayin est le nom sous lequel le tribunal de Shenzhen a rendu la peine. L’AFP écrit qu’il a été arrêté en 2023, selon la presse. Reuters, dans la reprise de l’Economic Times, le présente comme le fondateur milliardaire de China Evergrande Group, « the world’s most-indebted property developer ».
Evergrande, écrit encore l’AFP, était autrefois le principal promoteur immobilier de Chine, porté par des décennies d’urbanisation rapide. Un durcissement des conditions d’accès au crédit, visant à limiter les emprunts excessifs, l’a poussé au défaut de paiement en 2021. Le procès, toujours selon l’AFP, a été entouré d’une grande discrétion. La cour a publié des photos le montrant à la barre. Aucune de ces sources ne livre ici un palmarès de fortune chiffré au jour du jugement. Cet article n’en invente pas.
Quelle peine le tribunal intermédiaire du peuple de Shenzhen a-t-il prononcée ?
Trois volets, une même source de greffe. L’AFP, citant la cour de Shenzhen sur WeChat : prison à vie, déchéance des droits civiques, confiscation de tous ses biens. RTHK, citant le même compte WeChat du Shenzhen Intermediate People’s Court, dans le Guangdong, traduit : life sentence, political rights revoked for life, all his personal property confiscated. Reuters reprend la perpétuité et la confiscation. Le WeChat, tel que RTHK le cite, ajoute que Xu a été « sentenced for multiple crimes and fined ». Aucune des trois pièces ne publie le montant d’une amende personnelle. Ce montant n’est pas inventé ici.
En avril, le tribunal avait indiqué, selon l’AFP, que « Xu Jiayin (avait) reconnu sa culpabilité et (avait) exprimé des remords » devant les juges. Reuters précise qu’il a plaidé coupable en avril sur huit chefs, dont le détournement de fonds (misuse of funds), la fraude à la levée de fonds (fundraising fraud) et la collecte illégale de dépôts du public (illegally taking public deposits). Ce plaidoyer d’avril n’est pas la peine de jeudi. La peine de jeudi est la perpétuité, plus les deux autres volets du WeChat.
De quoi le tribunal tient-il Xu « entièrement responsable » ?
L’AFP rapporte la formule du greffe : « entièrement responsable » des opérations du groupe et de ses filiales. Les juges lui imputent, ainsi qu’au groupe, entre 2016 et 2021, une falsification « continue et massive (des) états financiers », une surévaluation des actifs, une dissimulation des passifs, des levées de fonds et des émissions de titres frauduleuses, la prise de contrôle d’établissements financiers par la corruption — établissements que l’AFP ne nomme pas — et des détournements de fonds. RTHK, toujours d’après le WeChat, énumère des chefs retenus contre le groupe et Hui : collecte illégale de dépôts du public, fraude à la levée de fonds, octroi illégal de prêts, émission frauduleuse de titres, divulgation illicite d’informations importantes, corruption d’entreprise. Xu est aussi déclaré coupable d’usage illégal de fonds et de détournement ; Evergrande Real Estate, d’émission frauduleuse de titres.
Ces listes sont celles du tribunal, telles que l’AFP et RTHK les portent. Elles ne sont pas un inventaire d’établissements. Les institutions financières visées par les pots-de-vin ne sont pas nommées dans ces dépêches. Cet article ne les nomme pas non plus.
Que dit le jugement sur l’ordre économique de marché socialiste ?
Le tribunal, cité par l’AFP, invoque les vastes répercussions de la déconfiture. Les agissements du groupe et de son fondateur « ont gravement perturbé l’ordre économique de marché socialiste ». « Les sommes en jeu étaient particulièrement importantes, les circonstances particulièrement graves, causant des pertes économiques et un préjudice social particulièrement importants. » RTHK, sur le même WeChat, ajoute que Xu et les deux sociétés ont porté atteinte aux droits de propriété publics et privés et à l’intégrité des agents publics dans l’exercice de leurs fonctions, et qu’ils devaient, vu les sommes, les circonstances, les pertes et le préjudice, être sévèrement punis conformément à la loi.
Ces formules sont le langage du greffe. Elles ne chiffrent pas, dans l’AFP ni dans RTHK, un montant unique de « pertes économiques ». L’addition des amendes de personnes morales est un autre dossier, porté plus bas et dans d’autres pièces de cette série. Ici, le fait grand public est la peine de l’homme : perpétuité, droits civiques, confiscation.
Que devient Evergrande depuis le défaut de 2021, et que dit l’AFP de la crise ?
L’AFP date le défaut à 2021, l’ordonnance de liquidation judiciaire à 2024, la radiation de la Bourse de Hong Kong à 2025. Reuters écrit qu’Evergrande a fait défaut depuis 2021 sur la plus grande partie de 300 milliards de dollars de passifs. Ce 300 milliards est un chiffre Reuters, pas un montant annoncé jeudi par le tribunal. RTHK reprend la même formulation sur les passifs. Reuters ajoute que la peine « is unlikely to bring much solace » aux créanciers domestiques et étrangers. L’AFP, de son côté, inscrit la chute dans la crise immobilière qui continue de peser sur la croissance chinoise, le patrimoine des ménages, la confiance, et une consommation intérieure atone.
Cinq autres hauts responsables, selon le tribunal via l’AFP, Reuters et RTHK, ont été condamnés à des peines de 6 à 18 ans. Chine nouvelle, via l’AFP, rapporte qu’au total 56 personnes ont été condamnées à des peines de prison. Ce sont deux faits, deux sources. Le greffe, dans ces pièces, nomme cinq cadres de 6 à 18 ans. Les 56 viennent de Xinhua. Jeudi à Shenzhen, pour le grand public, le nom qui clôt la séquence reste Xu Jiayin, à perpétuité.
FAQ
Quelle peine Xu Jiayin a-t-il reçue jeudi ?
La prison à vie, la déchéance de ses droits civiques à vie et la confiscation de tous ses biens personnels, selon le tribunal de Shenzhen sur WeChat, rapporté par l’AFP et RTHK. Reuters confirme la perpétuité et la confiscation.
Le tribunal l’a-t-il dit « entièrement responsable » ?
Oui. L’AFP cite cette formule pour les opérations du groupe et de ses filiales, au titre des faits imputés de 2016 à 2021.
A-t-il reconnu sa culpabilité ?
En avril, selon l’AFP, le tribunal a indiqué qu’il avait reconnu sa culpabilité et exprimé des remords. Reuters ajoute un plaidoyer de culpabilité en avril sur huit chefs, dont le détournement de fonds, la fraude à la levée de fonds et la collecte illégale de dépôts du public.
Les 56 peines de Chine nouvelle sont-elles les cinq cadres du greffe ?
Non. Le tribunal, via l’AFP, Reuters et RTHK, parle de cinq autres hauts responsables, de 6 à 18 ans. Chine nouvelle, via l’AFP, parle de 56 personnes condamnées au total. Deux comptes, deux attributions.
Le chiffre de 300 milliards de dollars vient-il du jugement de jeudi ?
Non. Reuters (et RTHK qui reprend la formulation) l’attache aux passifs en défaut depuis 2021. Ce n’est pas un montant nouveau du tribunal de Shenzhen.
Sources
- AFP via Boursorama, 20 août 2026, 08 h 38 — Xu Jiayin, perpétuité, WeChat du tribunal de Shenzhen, 2016-2021, amendes, cinq cadres, Chine nouvelle (56), liquidation 2024, radiation 2025
- RTHK, 20 août 2026, 13 h 03 HKT — WeChat du Shenzhen Intermediate People’s Court, chefs d’accusation, Xinhua/agences, Tony Sabine
- Reuters via Economic Times, 20 août 2026, 10 h 24 IST — perpétuité, confiscation, 8,82 milliards de yuans (1,31 milliard de dollars), Hengda, cinq cadres, 300 milliards de dollars de passifs, solace des créanciers
« Par Patrick Lancier »