On l’avait sacré prodige des chiffres. Aujourd’hui, deux Français sur trois lui collent la mention « mauvais ».
« Mozart de la finance » : c’est le surnom, mi-admiratif mi-moqueur, qui a collé à Emmanuel Macron depuis ses années de banquier d’affaires. Neuf ans après son arrivée à l’Élysée, le public a tranché. D’après un sondage CSA pour CNews, le JDD et Europe 1 rendu public le 11 septembre 2026, 66 % des Français jugent « mauvais » son bilan économique. Seuls 5 % le trouvent « bon » ; 28 % le disent « moyen ». Rarement un chef de l’État aura été à ce point désavoué sur le terrain qu’il revendiquait comme le sien.
Un rejet qui traverse tous les camps
Le plus frappant n’est pas le score, c’est son unanimité. De la gauche à la droite, les sondés pointent les mêmes reproches : des baisses d’impôts non financées, la reprise par l’État d’une partie de la dette de la SNCF, et le « quoi qu’il en coûte » du Covid dont on paie encore la note. Ce n’est pas une colère partisane : c’est un constat partagé.
La dette, ce chiffre qui donne le vertige
Derrière l’opinion, il y a l’ardoise. La dette publique frôle désormais 3 566 milliards d’euros, soit plus de 117 % du PIB. Depuis juin 2017, elle a bondi de plus de 56 %. Ramenée à chaque habitant, cela représente des dizaines de milliers d’euros que personne n’a vus passer mais que tout le monde devra, d’une manière ou d’une autre, rembourser.
Un déficit que Bruxelles surveille
La France dépense chaque année beaucoup plus qu’elle ne gagne : le déficit a atteint 5,1 % du PIB en 2025 et resterait autour de 5 % en 2026 (entre 4,9 % pour le FMI et 5,3 % pour S&P). Résultat : le pays est sous procédure européenne pour déficit excessif et doit promettre un retour sous 3 % — une promesse que l’instabilité politique rend, pour l’heure, peu crédible.
Les agences commencent à douter
Les gardiens de la note ont sifflé. Fin 2025, S&P et Fitch ont dégradé la France à A+ ; en 2026, ils maintiennent, tandis que Moody’s a mis la France sous perspective négative. Traduction concrète : emprunter coûte un peu plus cher chaque année, et cet argent-là part en intérêts plutôt qu’en écoles ou en hôpitaux.
Le chômage repart, la croissance patine
On aurait pu accepter cette dette si elle avait acheté de la prospérité. Mais la croissance reste molle et le chômage est attendu autour de 8,6 % en 2026, effaçant une partie des progrès affichés naguère. L’argent a payé le présent ; il a peu préparé l’avenir.
Le mythe et la facture
Le talent qu’on prêtait au « Mozart de la finance » se mesure aujourd’hui à l’aune d’une facture, pas d’une partition. Les Français, eux, ne s’y trompent plus : le sondage colle aux chiffres, et les chiffres collent au verdict des marchés. Le dernier mouvement — réduire la dette, ramener le déficit sous 3 %, relancer la croissance — reste à composer. Ce sera, sans doute, l’affaire d’un autre chef d’orchestre.
Sources
- Sondage CSA pour CNews / Le JDD / Europe 1, 11 septembre 2026 : 66 % « mauvais », 28 % « moyen », 5 % « bon ».
- Dette publique : environ 3 566 Md€ (> 117 % du PIB), +56 % depuis juin 2017.
- Déficit : 5,1 % du PIB en 2025 ; 2026 estimé entre 4,9 % (FMI) et 5,3 % (S&P) ; procédure européenne pour déficit excessif.
- Notation : S&P et Fitch A+ (dégradées fin 2025) ; Moody’s Aa3, perspective négative (avril 2026).
- Chômage : environ 8,6 % attendu en 2026.
