Fauci : le pouvoir sans le décret — anatomie d’une responsabilité qui se dérobe

Le 29 juillet 2026, Anthony Fauci a répondu au silence. Devant la commission sénatoriale de la sécurité intérieure, l’homme qui fut la voix de la science américaine face au COVID-19 a invoqué le cinquième amendement plus d’une centaine de fois — refusant de répondre jusqu’à la couleur de sa cravate. Une semaine plus tard, la commission le tenait en outrage au Congrès. Étrange épilogue pour celui qui, deux ans durant, n’a cessé de parler. Cet article n’accuse pas un tyran : Fauci n’a jamais signé un décret. Il examine une responsabilité plus insaisissable — celle de l’influence — et sépare rigoureusement les faits établis, les points en débat et l’opinion de l’auteur.

Note de méthode : les faits établis reposent sur des documents publics (rapport parlementaire, transcriptions sous serment, courriels obtenus par voie légale, rapports annuels d’entreprises). Les éléments contestés sont signalés comme tels. L’opinion est annoncée comme telle. Aucune citation ni aucun chiffre n’est inventé ; chaque affirmation renvoie aux sources listées en fin d’article.

Conseiller, pas décideur : la distinction qui tient tout

Commençons par ce qui décrédibilise la plupart des réquisitoires. Fauci n’a ordonné ni les confinements, ni la fermeture des écoles, ni les obligations vaccinales : ces décisions relevaient légalement des États, des gouverneurs et de l’exécutif fédéral. Directeur du NIAID de 1984 à 2022 et conseiller médical en chef de la Maison-Blanche, il conseillait, recommandait, finançait — il ne promulguait pas. Le présenter en dictateur sanitaire est faux, et cette exagération a longtemps servi de bouclier à ses défenseurs. Mais entre le décideur légal et le simple citoyen, il existe une zone : celle du conseiller dont la parole faisait loi de fait, dont l’institut distribuait des centaines de millions de dollars, et dont chaque phrase orientait la conduite de gouvernements entiers. C’est là que se loge sa responsabilité — non d’autorité, mais d’influence.

Wuhan : le financement, puis le récit

Fait établi : le NIAID a financé l’ONG EcoHealth Alliance, qui a reversé environ 600 000 dollars, sur un projet d’environ 3,7 millions, à l’Institut de virologie de Wuhan pour des travaux sur les coronavirus de chauve-souris. Que ces travaux relèvent du « gain de fonction » reste contesté : Fauci soutient que non ; plusieurs scientifiques et élus soutiennent que oui. En mai 2024, il a témoigné que « le NIH n’a jamais financé et ne finance pas de recherche de gain de fonction à l’Institut de virologie de Wuhan » — formulation que ses critiques jugent trop commode.

Plus troublant, et documenté : le 1er février 2020, Fauci, le directeur des NIH Francis Collins et Jeremy Farrar (Wellcome Trust) réunissent en conférence téléphonique un petit groupe de virologues. La veille, l’un d’eux jugeait en privé le génome « incompatible » avec une origine purement naturelle. Quelques semaines plus tard paraît « The Proximal Origin of SARS-CoV-2 » (Nature Medicine, 17 mars 2020), qui écarte tout scénario de laboratoire. Sous serment, en 2024, Fauci a confirmé avoir reçu plusieurs versions du texte et y avoir apporté conseils et « leadership » — rôle jamais divulgué dans l’article. Mon opinion : qu’un scientifique change d’avis est normal ; qu’un bailleur pèse sur un article présenté comme indépendant, servant ensuite à disqualifier l’hypothèse que le rapport final de la commission de la Chambre juge en décembre 2024 « la plus probable », ne l’est pas.

Une parole qui se contredit — et un débat étouffé

Trois volte-face sont établies. Les masques : « aucune raison de se promener avec un masque » (60 Minutes, 8 mars 2020), avant l’injonction générale. L’immunité collective : Fauci a reconnu au New York Times, fin décembre 2020, avoir déplacé le seuil (de 60-70 % vers 80-90 %) selon ce que le public serait « prêt à entendre ». La distance de six pieds : « elle est en quelque sorte apparue », a-t-il admis devant la commission en 2024, avant de préciser qu’elle venait des CDC. Plus grave encore, et documenté : le 8 octobre 2020, Collins écrivait à Fauci que les auteurs de la Déclaration de Great Barrington — trois épidémiologistes d’Oxford, Harvard et Stanford — appelaient « une réfutation rapide et dévastatrice ». Mon opinion : organiser en coulisses la démolition de collègues qualifiés, plutôt que les réfuter par la donnée, abîme la confiance dans la science elle-même.

La grâce, puis le silence

Le 19 janvier 2025, à la veille de quitter le pouvoir, Joe Biden accordait à Fauci une grâce présidentielle préventive, couvrant tout délit fédéral commis entre le 1er janvier 2014 et le 19 janvier 2025. Biden a précisé qu’elle ne valait « pas reconnaissance de culpabilité ». Une grâce n’est pas une condamnation — mais on ne protège d’ordinaire que ce qui pourrait être attaqué. Et parce qu’elle ne couvre pas les déclarations postérieures, Fauci a choisi, en juillet 2026, de se taire plutôt que de s’exposer. La vidéo ci-dessous, publiée par PBS NewsHour, montre la scène.

Audition du Sénat (commission Homeland Security), 29 juillet 2026 : Fauci invoque le 5e amendement. Clip PBS NewsHour. Sources : PBS, CNN, NBC News.

Ce que ça a coûté — et ce que ça a rapporté

Rigueur oblige : les coûts qui suivent sont ceux des politiques que Fauci a recommandées ou soutenues, pas des coûts qu’il aurait causés seul. Le FMI a estimé la perte mondiale cumulée à plus de 12 000 milliards de dollars sur 2020-2021. La Banque mondiale, l’UNESCO et l’UNICEF ont chiffré les pertes d’apprentissage liées aux fermetures d’écoles à environ 17 000 milliards de dollars sur la vie entière de la génération concernée. Aux États-Unis, les plans de soutien ont mobilisé quelque 4 600 milliards de dollars fédéraux. En face, les revenus des laboratoires sont publics : Comirnaty (Pfizer/BioNTech) a rapporté 36,8 puis 37,8 puis 11,2 milliards de dollars de 2021 à 2023 ; Spikevax (Moderna) 17,7 puis 18,4 puis 6,8 milliards ; le Paxlovid de Pfizer environ 19 milliards en 2022.

Limites et méthode. Corrélation n’est pas causalité : aucun document public ne démontre d’intérêt financier personnel de Fauci dans ces revenus. Les estimations de coûts varient selon les méthodes ; les revenus des labos reflètent des marchés mondiaux et des décisions de dizaines de gouvernements. Mettre ces chiffres côte à côte éclaire l’échelle des enjeux ; en tirer un lien de cause à effet direct serait malhonnête.

Ce que répondent ses défenseurs

Par souci d’équité. Ses partisans rappellent qu’il a opéré dans l’incertitude d’une pandémie inédite, où les recommandations devaient évoluer avec les données ; qu’un revirement n’est pas un mensonge mais une science qui se corrige ; que « Proximal Origin » fut signée par des virologues de renom et que la relecture d’un bailleur n’est pas une falsification ; que l’origine reste débattue ; que Fauci n’a jamais eu de pouvoir de contrainte ; et que son recours au cinquième amendement est une prudence juridique légitime face à un Congrès hostile, non un aveu. Ces arguments ne dissolvent pas les faits, mais ils interdisent la caricature.

La vraie leçon : demain, l’IA et les virus

Le dossier Wuhan — recherche à double usage, définitions floues, défaut de transparence — n’est pas refermé ; il devient plus pressant. Le 6 août 2026, des chercheurs de l’Arc Institute et de Stanford ont publié dans Science la conception, par des modèles d’IA (Evo 1 et Evo 2), des premiers virus entièrement générés par intelligence artificielle : 16 bactériophages viables, tirés d’environ 700 000 génomes candidats. Point capital, à ne pas déformer : ces phages ciblent une bactérie (E. coli), pas l’humain ; les auteurs ont volontairement exclu les séquences de virus infectant l’humain pour limiter les risques. Ce n’est pas une arme. Mais la question de gouvernance est posée : si une IA peut dessiner des génomes viraux fonctionnels, la leçon de la controverse COVID — surveillance du dual-use, transparence, garde-fous indépendants — n’a jamais été aussi actuelle. Mon opinion, formulée en question : la vraie leçon Fauci n’est pas seulement de juger le passé, c’est de décider qui contrôlera les technologies à risque de demain — et selon quelles règles.

FAQ

Fauci a-t-il ordonné les confinements et la fermeture des écoles ?

Non. Ces décisions relevaient légalement des États, des gouverneurs et de l’exécutif fédéral. Fauci était conseiller ; son influence était considérable, mais il n’avait pas d’autorité exécutive.

Est-il prouvé que le COVID vient d’un laboratoire ?

Non. Le rapport final de la commission de la Chambre (décembre 2024) juge la fuite de laboratoire « la plus probable », mais l’origine reste scientifiquement débattue.

Fauci a-t-il gagné de l’argent grâce aux vaccins ?

Aucun document public ne démontre d’intérêt financier personnel de Fauci dans les revenus des laboratoires. Les chiffres cités concernent Pfizer et Moderna, pas lui.

Pourquoi a-t-il invoqué le cinquième amendement s’il a été gracié ?

Parce que la grâce de Biden ne couvre que les actes commis jusqu’au 19 janvier 2025. Ses déclarations postérieures restent exposées à d’éventuelles poursuites, d’où le recours au 5e amendement en juillet 2026.

Sources

Par Patrick Lancier. Cet article mêle faits sourcés, éléments en débat et opinions de l’auteur, clairement distingués. Il vise à informer et à nourrir le débat public, non à se substituer à une procédure judiciaire.

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