Haute Cour du Cap : interdiction des accusations de « génocide » contre Cape Union Mart
« Par Patrick Lancier »
Le 4 septembre 2026, la Haute Cour d’Afrique du Sud (division du Cap-Occidental, Le Cap) a rendu une ordonnance d’interdiction définitive dans l’affaire Cape Union Mart International (Pty) Ltd et Philip Joseph Krawitz contre des protestataires nommément désignés et la Palestine Solidarity Campaign (PSC) du Cap. La formation complète — juges Judith Cloete (rédactrice), Constance Noluthando Nziweni et Roy Barendse — interdit de prétendre que l’enseigne, ses marques Poetry, Old Khaki et K-Way, ou M. Krawitz « financent un génocide », tuent des enfants ou sont associés à l’État d’Israël. Le dossier 2025-092980 (audience les 15, 17 et 18 juin 2026) protège la réputation et la dignité face à des accusations fausses visant un homme d’affaires juif sud-africain — sans toucher à la critique politique d’Israël.
Ce que le tribunal interdit — et ce qu’il laisse intact
Selon l’ordonnance (paragraphes 2 à 8), les défendeurs ne peuvent plus affirmer que Cape Union Mart ou ses marques sont associées à l’État d’Israël ; qu’elles financent un « génocide » ou un conflit militaire à Gaza ; que M. Krawitz finance un génocide, l’armée israélienne ou le conflit à Gaza ; que les demandeurs tuent des enfants ou y sont complices ; ni publier des propos diffamatoires selon lesquels ils « soutiennent un génocide » à Gaza ou ont des « killer(s) ways » (jeu de mots sur la marque K-Way). Ils ne peuvent bloquer l’accès aux magasins et doivent respecter la loi sur la réglementation des rassemblements (Regulation of Gatherings Act 205 of 1993). Chaque partie paie ses propres frais. Comme l’ont souligné GroundUp, le SA Jewish Report, News24 et EWN, l’arrêt ne limite pas la critique de l’État d’Israël ni le boycott de Cape Union Mart : il vise la diffamation sous couvert de libre expression.
« Nous sommes une cour de droit, pas une cour d’opinion publique »
La juge Cloete a rappelé, citée par le SA Jewish Report et GroundUp, que les opinions de la PSC sur Gaza sont hors sujet : « we are a court of law, not a court of public opinion ». L’enjeu n’était pas de juger s’il y a génocide à Gaza, mais si les demandeurs le financent. Sur la preuve admissible, la cour a conclu qu’ils ne le font pas. Cloete a écrit que « the admissible evidence establishes that Krawitz is not funding a genocide or murdering babies, whether directly or indirectly, through the positions he holds in Keren Hayesod or the Jewish Agency for Israel, and that Cape Union Mart is not doing so either ». La PSC s’était appuyée sur du ouï-dire et des téléchargements Internet ; la juge a rappelé qu’une personne raisonnable connaît les dangers de prendre Internet pour vérité.
Dix-neuf mois de manifestations devant les magasins
Les rassemblements duraient depuis novembre 2023 — environ 19 mois — même après une ordonnance provisoire convenue en août 2025, a noté Cloete (GroundUp). M. Krawitz est président exécutif du conseil, pas actionnaire ; le groupe compte un conseil de neuf administrateurs et des marques dont K-Way, Poetry, Old Khaki et Travel & Safari. Usuf Chikte (PSC) a déclaré à EWN que boycotts et protestations continueraient, le tribunal n’ayant pas interdit le boycott lui-même. Daniel Bloch (Cape SAJBD) a salué l’affirmation que le droit de protestation n’autorise ni harcèlement ni intimidation. Joshua Schewitz (SAZF Cape) a rappelé que la thèse d’une culpabilité collective des entrepreneurs juifs n’existe pas en droit sud-africain.
Sur les frais, Cloete a noté qu’une remarque sarcastique de Krawitz en octobre 2024 avait « probably stoked the proverbial fire » — d’où le partage des coûts, malgré le succès substantiel des demandeurs.
FAQ
Qu’est-ce que la Haute Cour a interdit exactement ?
Les accusations liant Cape Union Mart, ses marques ou Philip Krawitz à un « génocide », au financement du conflit à Gaza, au meurtre d’enfants, ou à une association avec l’État d’Israël ; le blocage des magasins ; le non-respect de la loi sur les rassemblements (ordonnance du 4 septembre 2026 ; News24 ; GroundUp).
Peut-on encore critiquer Israël ou boycotter Cape Union Mart ?
Oui. La cour a précisé que l’affaire ne limite pas la critique d’Israël ni le boycott — elle vise la diffamation (SAJR ; EWN).
La cour a-t-elle dit que Krawitz finance un génocide ?
Non. La preuve admissible établit le contraire, y compris via Keren Hayesod et l’Agence juive (Jewish Agency) (Cloete J, citée SAJR).
Sources
- News24 — La Haute Cour interdit les accusations de génocide contre Cape Union Mart
- GroundUp — Injonction définitive dans l’affaire Cape Union Mart
- SA Jewish Report — La protestation ne justifie pas le harcèlement
- EWN — Activistes privés d’accusations diffamatoires
- Jugement de la Haute Cour du Cap — 4 septembre 2026 (dossier 2025-092980)
« Par Patrick Lancier »
