Lula réélu au Brésil : Israël perd l’espoir d’une réconciliation, et voici ce que ce vote change pour vous
Lula réélu au Brésil : Israël perd l’espoir d’une réconciliation, et voici ce que ce vote change pour vous

Par Patrick Lancier

Luiz Inácio Lula da Silva a été réélu président du Brésil le 25 octobre, avec 51,79 % des voix contre 48,21 % pour le sénateur Flávio Bolsonaro. C’est une mauvaise nouvelle pour Israël, qui l’avait déclaré persona non grata en 2024 après qu’il eut comparé la guerre à Gaza à la Shoah. Voici ce que ce vote change, au Brésil comme chez nous.

Une victoire arrachée au second tour

Selon les résultats définitifs du Tribunal supérieur électoral (TSE), Lula a obtenu 64 256 232 voix et Flávio Bolsonaro 59 826 041, soit environ 4,4 millions d’écart. Au premier tour, le 4 octobre, Lula était pourtant arrivé deuxième, avec 45,16 % contre 47,03 %. D’après BBC News Brasil, aucun candidat n’avait jamais renversé ainsi le résultat du premier tour d’une présidentielle brésilienne. Lula entame donc un quatrième mandat, une première.

Le perdant a d’abord refusé le résultat, puis il a renoncé à demander l’annulation du scrutin, selon CNN Brasil. Il a depuis quitté le pays : visé par une enquête pour blanchiment d’argent, qu’il conteste, et sommé par la Cour suprême de remettre ses passeports, il est arrivé aux États-Unis le 28 octobre en passant par l’Argentine et l’Équateur, rapporte le site g1.

Pour Israël : quatre ans de plus sans ambassadeur

Flávio Bolsonaro avait promis de nommer un ambassadeur en Israël en 2027 et de transférer l’ambassade du Brésil à Jérusalem, selon The Jerusalem Post. Cette perspective disparaît.

La brouille vient de Brasília. En février 2024, Lula a comparé l’offensive israélienne à Gaza, lancée après le massacre commis par le Hamas le 7 octobre 2023, à l’extermination des Juifs par les nazis. Israël l’a alors déclaré persona non grata. Le Brésil a ensuite rappelé son ambassadeur en mai 2024, laissé sans réponse en 2025 la demande d’agrément du nouvel ambassadeur israélien, puis refusé en juillet 2026 la diplomate choisie par Israël pour son consulat de São Paulo, selon Folha de S.Paulo. Aujourd’hui, aucun des deux pays n’a d’ambassadeur chez l’autre.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a rappelé après le vote que Lula avait accusé Israël de génocide en le comparant à la Shoah, selon JNS. Pour le site israélien Ynet, Israël perd surtout la chance d’un rapprochement rapide, alors que l’Argentine, le Chili ou la Bolivie se tournent vers lui.

Pour les Juifs du Brésil : la porte d’Israël reste ouverte

La communauté juive du Brésil compte plus de 120 000 personnes selon la CONIB. Elle est la bienvenue en Israël, si ses membres choisissent de faire leur alya, c’est-à-dire de s’y installer.

Heureusement, c’est une communauté bien organisée, même si elle s’apprête à traverser quatre années difficiles. Sergio Napchan, directeur général de la CONIB (Confederação Israelita do Brasil, l’organe qui représente l’ensemble des communautés juives du pays), veille à l’organisation des communautés au Brésil.

Pour l’Europe et pour la France

Bonne nouvelle pour les Européens : l’accord commercial provisoire entre l’Union européenne et le Mercosur, le marché commun sud-américain dont fait partie le Brésil, s’applique depuis le 1er mai 2026, selon la Commission européenne. Les échanges entre l’Europe et le Brésil se poursuivent donc dans ce cadre.

Le Brésil, en revanche, s’est rangé aux côtés de la Chine et de la Russie pour condamner l’opération américaine et israélienne contre la menace du régime iranien du 28 février 2026, tandis que l’Inde, l’Arabie saoudite et les Émirats prenaient leurs distances, selon BBC News Brasil. Lula et Vladimir Putin ont aussi promis, lors d’un appel le 4 août, de travailler ensemble au sein des BRICS, selon la présidence brésilienne.

Pour les relations avec Washington

Donald Trump a dit apprécier Lula, mais il a qualifié l’élection de terrible et jugé que le vote semblait truqué. Les États-Unis n’ont pas d’ambassadeur à Brasília, et le visa de l’ambassadrice du Brésil à Washington a été révoqué, selon l’AFP. Au Conseil de sécurité de l’ONU, le Brésil avait déjà condamné l’intervention américaine qui a conduit à la capture de Nicolás Maduro au Venezuela, en janvier.

Ce qu’il faut retenir

La victoire de Lula est légitime : plus de cent pays l’ont saluée, selon le TSE. Mais le Brésil commence ce nouveau mandat plus proche de Pékin et de Moscou, en froid avec Washington et toujours sans ambassadeur en Israël. Pour les amis d’Israël, la question n’est plus de savoir si la relation va s’améliorer d’ici 2030, mais jusqu’où elle peut encore se dégrader.


Sources