Les données du passeport du copilote omanais étaient arrivées dans une base de données israélienne avant le décollage. Aucun service ne les a vérifiées. Selon les informations issues d’une audition à huis clos à la Knesset, il faisait partie d’environ 1 240 membres d’équipage venus de pays sans relations diplomatiques avec Israël et entrés dans le pays. Israël, visé par l’attentat, s’emploie désormais à combler cette faille.
Une semaine après l’agression de son commandant par le copilote du vol flydubai FZ1073, entre Dubaï et Tel-Aviv, une question domine en Israël : pourquoi personne, au sol, ne l’a-t-il empêché d’embarquer ?
Ce qui s’est passé à bord du FZ1073
Selon le ministère saoudien de l’Intérieur, une enquête préliminaire a établi que « le commandant a été agressé par son copilote, ce qui a causé diverses blessures aux deux hommes ». Le Boeing 737 MAX a été dérouté vers l’aéroport international Prince Sultan bin Abdulaziz de Tabouk. Il s’y est posé sans encombre à 9 h 45, heure locale, avec 174 passagers et huit membres d’équipage à bord.
Le 3 octobre, le procureur général des Émirats arabes unis, Hamad Saif Al Shamsi, a déclaré que les enquêteurs avaient établi que le copilote avait « tenté de commettre un attentat terroriste ». Dans une déclaration diffusée par l’agence de presse officielle WAM, il a précisé que le copilote avait frappé le commandant Smit Machchhar, de nationalité indienne, avec la hache de secours du cockpit, puis tenté de prendre les commandes de l’appareil. Reuters, l’Associated Press et la BBC ont identifié le copilote : Hamam al-Hammami, un ressortissant omanais. Les autorités émiriennes n’ont pas confirmé son identité.
C’est en cabine que l’avion a été sauvé. Grièvement blessé, Machchhar a réussi à ouvrir la porte du cockpit. Des passagers, presque tous israéliens, se sont précipités à l’intérieur et ont maîtrisé l’agresseur, selon le Times of Israel et la BBC. Flydubai indique qu’un « équipage flydubai en service qui voyageait à bord » a ensuite dérouté l’avion et l’a posé.
Une règle qui n’existait que sur le papier
Selon le Jerusalem Post et Ynet, l’accord qui permettait à flydubai d’opérer en Israël l’obligeait à n’affecter à ses vols vers Israël que des pilotes originaires de pays entretenant des relations avec Israël. Oman n’a pas de relations diplomatiques avec Israël.
Israël disposait pourtant des informations nécessaires. Une loi de 2023 impose à toute compagnie qui dessert Israël de transmettre à l’avance les données des passagers et de l’équipage, dont les noms, la nationalité et les données de passeport. Ces informations sont adressées au Centre national d’analyse des données passagers, qui dépend de l’Autorité fiscale israélienne. Celle-ci a confirmé que le centre avait reçu avant le vol la liste complète du FZ1073, équipage compris, rapportent Globes et Ynet.
Personne n’en a rien fait. Selon plusieurs hauts responsables cités par Ynet, la division de sécurité du ministère des Transports n’avait pas consulté les données des équipages des vols étrangers depuis environ deux ans. Citant le Wall Street Journal, Walla affirme que le ministère n’avait même jamais demandé ces listes.
Chaque administration assure désormais que la tâche revenait à une autre. La ministre des Transports, Miri Regev, a déclaré à la radio-télévision publique Kan que le Mossad était responsable des compagnies étrangères et que la liste « ne nous a pas été transmise ». La division de sécurité de son ministère affirme ne pas être « un service de renseignement ». Selon Ynet, le Mossad affirme lui aussi ne pas avoir reçu la liste. Un responsable de la sécurité a expliqué à Walla que le Mossad ne contrôle pas les listes d’équipage de chaque vol étranger. Interrogée sur le nombre de pilotes de pays hostiles ayant atterri en Israël, l’Autorité de l’aviation civile a répondu aux journalistes : « Nous estimons qu’il n’y en a eu aucun. Mais nous n’en avons aucune certitude. »
De l’aide avait pourtant été proposée. Selon la radio de l’armée, Galei Tsahal, qui cite trois sources et dont les informations ont été reprises le 6 octobre par le Times of Israel, le ministère a rejeté en 2025 une proposition du Shin Bet et du Conseil de sécurité nationale : placer en son sein un responsable du Shin Bet pour l’aider à évaluer les risques des vols étrangers. Toujours selon Galei Tsahal, le ministère a obtenu dans le budget 2026 des crédits supplémentaires et 10 nouveaux postes pour sa division de sécurité, mais ne les a pas pourvus. Le ministère affirme avoir demandé davantage de moyens, qu’il n’a pas encore reçus du ministère des Finances.
1 240 membres d’équipage
Cette incertitude a désormais un chiffre. Le 6 octobre, la sous-commission de la Knesset chargée du renseignement et des services secrets s’est réunie à huis clos. Rattachée à la commission des Affaires étrangères et de la Défense, elle est présidée par le député Boaz Bismuth. Selon i24NEWS, Ynet et la chaîne 14, dont les informations sont relayées par Strana.co.il, ses membres ont appris qu’environ 1 240 membres d’équipage originaires de pays sans relations diplomatiques avec Israël étaient entrés dans le pays. Parmi eux figureraient des ressortissants d’Oman, mais aussi de Syrie et du Liban, qu’Israël considère comme des États ennemis. Kan et N12 ont avancé le chiffre de « plus de 1 200 ».
Ce chiffre provient d’une séance classifiée et n’a pas été publié officiellement. Les médias divergent sur la période concernée : « depuis le début de l’année » (chaîne 14, Kan), « au cours de l’année écoulée » (Ynet, Times of Israel) ou « ces dernières années » (i24NEWS). Selon i24NEWS, le représentant du ministère des Transports a été « stupéfait » et ignorait ces chiffres.
Détenir le passeport d’un tel pays ne prouve rien contre qui que ce soit. Mais un système de sûreté aérienne est justement censé signaler de telles données de passeport avant le décollage.
Après la séance, Boaz Bismuth a écrit sur X : « Le visage de l’aviation civile en Israël va changer à partir d’aujourd’hui. »
Les solutions sur la table
Selon Ynet, la sous-commission a demandé au Conseil de sécurité nationale d’établir, avec le Mossad et le Shin Bet, une liste de pays présentant une menace élevée. Les listes d’équipage en provenance de ces pays seraient transmises 48 heures avant les vols vers Israël, pour approbation par les services de sécurité. Dans une lettre adressée au chef du Conseil de sécurité nationale, Samuel Benezra, Miri Regev a également proposé une autorisation préalable, délivrée 48 heures à l’avance, pour tous les passagers et membres d’équipage des vols à destination d’Israël. Ynet relève que la division de sécurité du ministère des Transports avait déjà soumis certaines de ces mesures à un forum piloté par le Conseil de sécurité nationale, et qu’elles avaient été rejetées.
La diplomatie avance en parallèle des réformes. Les vols de flydubai vers Israël restent suspendus « à la demande des autorités », indique la compagnie. Selon la chaîne 13, dont les informations ont été reprises le 6 octobre par le Times of Israel, flydubai a demandé l’autorisation de reprendre ses vols vers Israël, en faisant valoir que son enquête touchait à sa fin et que de nombreux employés avaient été licenciés ; Miri Regev a refusé pour l’instant. La ministre a rencontré l’ambassadeur des Émirats, Mohamed Al Khaja, qui a indiqué sur X qu’ils avaient évoqué le « renforcement de la préparation ». Selon Ynet, les discussions ont porté sur la reprise des vols flydubai, et Miri Regev a exigé des dispositifs de sécurité pour les compagnies israéliennes aux Émirats. JDN, cité par Strana.co.il, rapporte qu’une délégation conjointe du ministère des Transports et des services de sécurité se rendra à Dubaï la semaine prochaine ; selon la chaîne 13, des responsables du ministère des Transports ont été invités à Dubaï la semaine prochaine.
Les Émirats ont appelé l’attaque par son nom et la poursuivent en justice, signe de la solidité des accords d’Abraham. Mais Israël ne peut pas confier sa première ligne de défense aux formalités d’une compagnie aérienne étrangère. Quand une loi a déjà fait entrer le passeport d’un pilote dans une base de données israélienne avant le décollage, quelqu’un, en Israël, doit le lire.
Questions fréquentes
Que s’est-il passé à bord du vol flydubai FZ1073 ?
Le 30 septembre 2026, le copilote du vol Dubaï–Tel-Aviv a frappé le commandant Smit Machchhar avec la hache de secours du cockpit et tenté de prendre les commandes de l’appareil, selon le procureur général des Émirats arabes unis, Hamad Saif Al Shamsi, qui a déclaré que le copilote avait « tenté de commettre un attentat terroriste ». Des passagers, presque tous israéliens, l’ont maîtrisé, selon le Times of Israel et la BBC, et l’avion s’est posé sans encombre à Tabouk, en Arabie saoudite.
Israël disposait-il des données du copilote avant le décollage ?
Oui. En vertu d’une loi de 2023, la liste complète des passagers et de l’équipage du FZ1073, données de passeport comprises, est parvenue avant le vol au Centre national d’analyse des données passagers, comme l’a confirmé l’Autorité fiscale israélienne, selon Globes et Ynet. Aucun service n’y a donné suite.
Combien de membres d’équipage venus de pays sans relations avec Israël sont entrés dans le pays ?
Environ 1 240, selon i24NEWS, Ynet et la chaîne 14, qui ont rendu compte d’une séance à huis clos d’une sous-commission de la Knesset le 6 octobre. Ce chiffre n’a pas été publié officiellement, et les médias divergent sur la période concernée.
Que fait Israël pour combler la faille ?
Selon Ynet, la sous-commission de la Knesset a demandé au Conseil de sécurité nationale d’établir, avec le Mossad et le Shin Bet, une liste de pays présentant une menace élevée, dont les listes d’équipage seraient soumises 48 heures avant les vols pour approbation. La ministre des Transports, Miri Regev, a proposé une autorisation préalable, 48 heures à l’avance, pour tous les passagers et membres d’équipage des vols à destination d’Israël. Les vols de flydubai vers Israël restent suspendus.
Sources
- Flydubai — « Updates on FZ 1073 DXB-TLV on 30 September 2026 »
- Al Jazeera/Anadolu — « Flydubai co-pilot ‘assaulted’ captain before landing: Initial Saudi probe », 1er octobre 2026
- Ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis — communiqué, 1er octobre 2026
- Reuters — « Flydubai co-pilot attacked pilot with axe, attempted ‘terrorist’ attack, UAE says », 3 octobre 2026
- Times of Israel — « UAE says flydubai copilot used cockpit emergency ax to attack captain in ‘terrorist act’ »
- BBC News — « Flydubai co-pilot attacked captain with axe, UAE official says »
- Jerusalem Post — « Israel orders halt of flydubai flights over hijacking pilot’s Omani background », 30 septembre 2026
- Ynetnews — « Flydubai security failure: Who was supposed to vet the crew, and how did the system fail? »
- Globes (en hébreu) — « Quel lien entre l’Autorité fiscale et les signaux d’alerte sur le pilote agresseur ? », 3 octobre 2026
- Walla (en hébreu) — « Chaîne de défaillances » (citant le Wall Street Journal)
- Walla (en hébreu) — « Les données des pilotes figuraient dans le système israélien avant le vol »
- Ynetnews — « 1,240 aircrew members from countries with no ties to Israel entered over past year », 6 octobre 2026
- i24NEWS (en hébreu) — Amiel Yarhi, compte rendu de la séance de la Knesset, 6 octobre 2026
- Strana.co.il (en russe) — « Après Flydubai : 1 240 membres d’équipage de pays sans relations diplomatiques ont volé vers Israël », 6 octobre 2026
- Jerusalem Post (citant N12) — « Air crew members from Iran, Syria, Lebanon, Oman may have entered Israel »
- 9tv (citant Kan), 6 octobre 2026
- Times of Israel (fil d’actualité) — « UAE envoy says discussed ‘strengthening preparedness’ in meeting with Regev »
- Vesty.co.il (en russe) — compte rendu de la sous-commission de la Knesset, 6 octobre 2026
- Times of Israel (fil d’actualité, citant la chaîne 13) — « Flydubai requests OK to resume Israel flights as investigation wraps, but Regev says no — report », 6 octobre 2026
- Times of Israel (citant Galei Tsahal) — « Israelis could lose US visa waiver after flydubai attack revealed security lapses — report », 6 octobre 2026
